

L’islam, plus jeune des grandes religions, est déjà la deuxième confession au monde en nombre d’adeptes après le christianisme. La position de ses fidèles envers les cryptomonnaies constitue ainsi un enjeu déterminant dans l’expansion du marché des actifs numériques. Les avis de théologiens et d’experts financiers musulmans apportent un éclairage sur les perspectives d’adoption de ces actifs dans les pays à majorité musulmane.
La loi islamique a été codifiée il y a plus de 1 400 ans, bien avant l’apparition des technologies numériques et des cryptomonnaies. En conséquence, aucune référence explicite aux cryptomonnaies ou à la blockchain n’apparaît dans les textes sacrés de l’islam. Cependant, les musulmans peuvent s’appuyer sur la charia pour obtenir des orientations indirectes, en appliquant les principes fondamentaux du droit islamique aux enjeux des instruments financiers modernes.
L’islam classe toutes les actions et tous les phénomènes en deux grandes catégories :
Halal – tout ce qui est permis et accepté en islam. Ce concept va bien au-delà du domaine alimentaire et s’étend aux transactions financières, aux pratiques commerciales et aux outils d’investissement conformes aux exigences de justice et d’éthique islamiques.
Haram – tout ce qui est interdit et inacceptable en islam. Le haram désigne les actes et objets qui contreviennent aux valeurs islamiques, nuisent à la société ou à autrui, ou impliquent exploitation et injustice.
Dès lors, le statut des cryptomonnaies en islam dépend de la catégorie dans laquelle elles s’inscrivent, selon les textes sacrés et les interprétations contemporaines. Il convient donc d’évaluer ces actifs numériques à la lumière des principes structurants de la finance islamique.
1. L’exploitation est interdite
Ce principe fondateur proscrit également la perception d’intérêts sur les prêts. L’emprunteur y est considéré comme exploité, car le prêteur réalise un profit sans participer à l’activité économique ni assumer de risque. L’islam exige des relations financières équitables, fondées sur une véritable activité économique, et non sur la simple exploitation du besoin d’autrui.
2. L’investissement dans des activités haram est proscrit
La charia désigne expressément certaines actions et secteurs comme haram. Les écritures interdisent, par exemple, la consommation de porc, l’usage d’alcool ou les jeux de hasard. Les musulmans ne doivent pas investir dans des secteurs haram tels que la production d’alcool, le tabac, les jeux d’argent ou toute activité prohibée. Les investissements doivent être justifiés sur le plan éthique et compatibles avec les valeurs islamiques.
3. La spéculation et le jeu de hasard sont prohibés
L’islam interdit strictement la spéculation, génératrice de pertes importantes et assimilable au jeu de hasard. La foi condamne également les opérations financières dont le résultat dépend du hasard plutôt que de la valeur économique réelle ou d’une analyse solide. Ce principe vise à protéger les croyants contre les risques excessifs et les pertes financières.
4. Les investissements ne doivent pas comporter de risques excessifs
L’islam prohibe les activités financières présentant un risque jugé déraisonnable. Si une part de risque est inhérente à tout investissement, elle doit rester mesurée, calculée et rattachée à une activité économique réelle, non à la spéculation.
Ces principes ne tranchent pas de façon définitive sur le caractère halal des cryptomonnaies. D’un côté, la volatilité des marchés rend les investissements en actifs numériques risqués, ce qui conduit certains théologiens à qualifier les cryptomonnaies de haram. De l’autre, ces actifs peuvent améliorer le bien-être sans nuire ni faire intervenir l’usure, ce qui pourrait les rendre halal.
Pour statuer sur le statut islamique des monnaies virtuelles, il faut examiner en détail les textes sacrés et leurs interprétations contemporaines.
D’après la charia, l’échange suppose un transfert de biens ou d’actifs de valeur équivalente entre personnes. Les lois islamiques primitives exigent que la valeur de la monnaie demeure stable et prévisible pour garantir l’équité des échanges. Ce principe s’applique aux monnaies fiduciaires et peut être transposé aux cryptomonnaies.
Ce point soulève la question de la valeur intrinsèque des actifs numériques. Prenons l’exemple du bitcoin, la cryptomonnaie la plus connue et la plus valorisée. Beaucoup d’acteurs du secteur estiment qu’il est inapproprié de mesurer le bitcoin en dollars américains ou autres devises fiduciaires. Selon eux, malgré les fluctuations de prix, 1 BTC vaudra toujours 1 BTC, ce qui lui confère une valeur intrinsèque en tant qu’actif autonome. Les autres points clés sont les suivants :
1. Le bitcoin est conçu pour s’apprécier
L’offre totale de bitcoin est limitée à 21 millions d’unités, selon le protocole du réseau. Tous les quatre ans environ, le réseau connaît un « halving », qui réduit de moitié le rythme d’émission des nouveaux jetons. Ce mécanisme induit une rareté sur le marché et, face à une demande croissante, le prix du bitcoin s’apprécie. Le bitcoin est ainsi un actif déflationniste, contrairement aux monnaies fiduciaires inflationnistes.
2. La cryptomonnaie est un instrument financier alternatif
Le bitcoin et d’autres cryptomonnaies constituent une alternative décentralisée aux devises conventionnelles. Les gouvernements et banques centrales ne disposent pas de moyens directs pour contrôler effectivement le bitcoin ou des actifs similaires. C’est pourquoi les investisseurs recourent de plus en plus à la cryptomonnaie en période d’instabilité économique.
Pour beaucoup, investir dans les actifs numériques permet de préserver leur épargne, alors que les politiques d’assouplissement quantitatif menées par les banques centrales déprécient la valeur des monnaies fiduciaires. Les cryptomonnaies offrent une autre façon de conserver son patrimoine, indépendamment des institutions financières publiques.
Le bitcoin dispose donc d’un fort potentiel de croissance, reposant à la fois sur la technologie et l’économie. Il peut ainsi être perçu comme un actif acceptable pour l’échange et l’épargne selon la charia. Les statistiques de transactions en cryptomonnaies libellées dans les devises nationales des pays musulmans montrent que de nombreux musulmans assimilent activement les actifs numériques aux principes du halal.
Des membres de la communauté crypto et certains érudits musulmans relèvent aussi que l’islam n’interdit pas le passage d’une devise à une autre, à condition que la nouvelle soit plus adéquate ou plus évoluée. Par le passé, les pays musulmans sont passés des monnaies en or et argent à la monnaie papier, puis électronique. Théoriquement, la cryptomonnaie pourrait constituer la prochaine étape évolutive : une forme de monnaie plus sophistiquée et avancée technologiquement que la monnaie fiduciaire.
Théologiens et professionnels de la finance islamiques affichent une diversité d’opinions, parfois contradictoires, sur la légitimité des transactions en cryptomonnaies pour les musulmans. Cette pluralité témoigne de la complexité du sujet et de la nécessité d’approfondir l’étude des actifs numériques à la lumière du droit islamique.
Par exemple, l’influent théologien médiéval Ibn Taymiyyah, dont l’œuvre continue d’inspirer le monde musulman, a posé des principes repris aujourd’hui pour examiner les cryptomonnaies. Selon lui, la conformité des cryptomonnaies à la charia dépend du but et de l’intention de la transaction.
« Lorsque devises et argent sont échangés dans une optique spéculative et de profit, au lieu de servir de moyen d’échange, cela va à l’encontre de la véritable vocation de la monnaie », selon Ibn Taymiyyah.
Cette argumentation justifie pourquoi l’islam interdit strictement les intérêts sur les prêts. Le Coran met en garde à de nombreuses reprises contre le « riba » (usure), considéré comme un péché majeur. Dans les pays musulmans, les prêts à intérêt sont haram. Par extension, les opérations spéculatives sur les cryptomonnaies à visée de profit rapide sont découragées et peuvent être jugées incompatibles avec l’islam.
Le mufti Muhammad Abu-Bakar adopte une approche plus ouverte, considérant que les cryptomonnaies sont compatibles avec les principes du halal. Il s’appuie sur l’exemple du bitcoin, qu’il décrit comme un outil d’épargne reconnu à l’international et servant de réserve de valeur. D’après le mufti Muhammad Abu-Bakar, tant que la législation d’un pays islamique n’interdit pas explicitement la cryptomonnaie, celle-ci peut être considérée comme un instrument financier autorisé, surtout lorsqu’elle sert des objectifs légitimes.
Le Dr Ziyaad Mahomed, président du comité de la charia chez HSBC Amanah Malaysia Bhd, adopte une position plus prudente et nuancée, restant réservé sur les cryptomonnaies. D’un côté, il souligne que les actifs numériques remplissent les critères fondamentaux de la monnaie selon la charia. Il rappelle que l’islam n’exige pas qu’un instrument financier ait nécessairement une valeur physique ou intrinsèque ; l’acceptation sociale et la fonctionnalité priment.
En revanche, le Dr Ziyaad Mahomed s’inquiète de la forte volatilité et du degré élevé de spéculation caractérisant les marchés actuels des actifs numériques. Selon lui, ces éléments rapprochent le trading de cryptomonnaies du jeu de hasard, strictement interdit par l’islam. Il préconise donc des recherches poussées et la mise en place de critères clairs pour évaluer la conformité des cryptomonnaies à la charia.
Les experts et théologiens musulmans sont partagés sur l’interdiction des transactions en cryptomonnaies. Ce clivage traduit la difficulté d’appliquer des principes religieux anciens aux technologies modernes. En l’absence de position unanime chez les principaux érudits, nombre de musulmans utilisent néanmoins activement les actifs numériques, comme l’atteste la hausse des achats de cryptomonnaies dans les pays islamiques.
Le statut des cryptomonnaies en islam demeure incertain et appelle à des recherches complémentaires. L’usage, la manière d’acquérir et de conserver ces actifs peuvent déterminer le caractère halal ou haram d’une transaction. Les musulmans souhaitant investir dans les actifs numériques devraient consulter des érudits islamiques et des experts financiers qualifiés pour obtenir des conseils adaptés et conformes à la charia.
Il convient également de noter que le développement de la fintech islamique et l’émergence de cryptomonnaies conçues pour être compatibles avec la charia pourraient favoriser l’adoption des actifs numériques dans le monde musulman. Cela ouvre de nouvelles perspectives pour le développement du marché des cryptomonnaies dans les régions à forte présence musulmane.
Le droit islamique adopte une position nuancée sur les cryptomonnaies. Certains érudits musulmans les considèrent comme haram en raison de la spéculation ou de l’absence de valeur intrinsèque ; d’autres autorisent leur usage si les principes de la charia sont respectés. Les avis diffèrent selon les pays et les autorités religieuses.
Le bitcoin ne relève pas du riba, car il ne s’agit pas d’une dette portant intérêt. Il reste toutefois essentiel de s’assurer que la méthode d’acquisition ne comporte pas de transactions à intérêt. Chaque actif doit être examiné individuellement au regard de la conformité à la charia.
Non, le trading de bitcoin n’est pas intrinsèquement assimilable au jeu de hasard. Avec une analyse de marché rigoureuse et une stratégie à long terme, le bitcoin est considéré comme un actif, non comme du maisir. De nombreux érudits musulmans estiment que les cryptomonnaies sont halal si les principes de la charia sont respectés.
Non, les écoles islamiques présentent des points de vue variés sur les cryptomonnaies. Sunnites et chiites divergent : certains érudits les estiment halal, d’autres les jugent haram. Il n’existe pas de consensus parmi les juristes islamiques.
Il convient d’éviter le riba (intérêt), le gharar (incertitude) et le maisir (jeu de hasard). La cryptomonnaie doit être certifiée halal. Il est recommandé de privilégier des plateformes validées par des autorités islamiques et d’éviter le trading spéculatif contraire à la charia.
Un exemple de référence est Islamic Coin (ISLM) sur la blockchain Haqq Network, ayant reçu une fatwa d’autorités islamiques pour sa conformité à la charia. D’autres projets orientés finance islamique proposent des services conformes aux normes éthiques et aux principes islamiques pour les actifs numériques.











