

Lorsqu’on interroge sur la technologie qui a le plus profondément transformé le monde ces dernières décennies, la majorité des réponses font référence à « Internet ». La toute première version d’Internet correspond à ce que l’on nomme Web 1.0 ou Web 1.
Tout comme il existe des différences entre le Web 2.0 et le Web 3.0, il existe naturellement une distinction entre le Web 1.0 et le Web 2.0. Toutefois, il n’existe pas de démarcation officielle claire entre ces deux générations. Ces termes ne relèvent pas d’une terminologie réglementée.
De manière générale, le Web 1.0 désigne une version de l’Internet beaucoup moins commercialisée. À titre d’exemple, à l’époque du Web 1.0, la publicité en ligne était très rare et, lorsque présente, souvent interdite sur de nombreux sites. L’Internet était essentiellement constitué de pages statiques hébergées sur des serveurs web gérés par des fournisseurs d’accès à Internet (FAI).
L’information était diffusée à sens unique. Même en cas d’erreur, il était très difficile de corriger le contenu, et les évolutions de design des sites étaient également limitées. Durant l’ère Web 1.0, les sites étaient conçus comme des plateformes en lecture seule, où les utilisateurs se limitaient à consulter le contenu sans pouvoir interagir ou contribuer.
L’ère Web 1.0 se caractérisait par une implication très faible des utilisateurs. Ceux-ci se contentaient de consommer le contenu proposé, sans possibilité réelle d’interaction ou de contribution.
Par exemple, les pages de type wiki, telles que Wikipedia, qui favorisent aujourd’hui la participation collective à la création de contenu, n’existaient pas à cette période. Les blogs personnels étaient présents, mais le contenu ajouté par les utilisateurs restait limité et il n’existait pas de mécanisme de collaboration ou d’édition communautaire.
Les applications du Web 1.0 n’étaient pas ouvertes au public. Les utilisateurs ne pouvaient pas comprendre le fonctionnement interne des programmes ni modifier leurs options ou paramètres. Le code source était rarement accessible, ce qui empêchait toute analyse ou amélioration de la technologie sous-jacente.
Le terme Web 2.0, ou Web 2, est apparu au début des années 2000, lors de la « bulle Internet ». Ce concept illustre la transition vers un Internet plus évolué, marquant un bouleversement fondamental dans la manière dont les utilisateurs interagissent avec les plateformes en ligne.
Avec l’avènement du Web 2.0, les entreprises ont massivement investi l’univers Internet. Cherchant à générer des revenus, elles ont encouragé de nouvelles formes d’interaction dynamique avec les plateformes. Ce contexte a entraîné une croissance exponentielle du nombre d’utilisateurs et transformé Internet, passant d’un répertoire statique d’informations à un espace interactif centré sur l’utilisateur.
Les sociétés proposant des services Web 2.0 ont intégré activement les retours et avis des utilisateurs. Par exemple, Amazon a permis à tous les utilisateurs de publier des avis sur les produits, créant un système d’évaluation communautaire. Wikipedia a autorisé la modification des articles par tous, démocratisant la création de savoir. Les nouveaux réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter ont permis une interaction bien plus étendue dans un environnement ouvert, favorisant une connectivité et un partage d’informations sans précédent.
Sur le plan technique, le principal changement fut l’émergence de l’esprit « open source ». Certaines entreprises Web 2.0 ont ouvert leur code source, permettant aux utilisateurs de modifier et d’adapter les programmes selon leurs besoins. Toute personne compétente techniquement pouvait examiner, analyser et améliorer les programmes existants, favorisant l’innovation et le développement collaboratif au sein de l’écosystème Internet.
Si la transition du Web 1.0 au Web 2.0 a apporté des avancées majeures, elle a également révélé des inconvénients, soulevant des interrogations sur la liberté et l’autonomie des utilisateurs sur Internet.
À mesure que les entreprises sont devenues des acteurs majeurs d’Internet, de nouveaux services ont vu le jour. En revanche, le contrôle exercé par ces sociétés sur les plateformes leur a permis de censurer les communautés en ligne, ce qui était impossible auparavant. L’influence des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter s’est considérablement renforcée, posant la question de la liberté d’expression et de la modération du contenu.
Les services de paiement en ligne ont aussi accru le pouvoir des entreprises. Les utilisateurs doivent respecter les règles fixées pour effectuer des transferts ; en cas de non-conformité, les sociétés peuvent refuser un paiement unilatéralement, contrôlant ainsi les transactions financières sans véritable recours ni supervision.
En résumé, le Web 2.0 a introduit un Internet plus performant, doté de technologies avancées par rapport au Web 1.0. Cependant, pour en profiter, les utilisateurs doivent se plier aux règles instaurées par les sociétés fournissant les services Web 2.0, ce qui conduit à une dépendance accrue et à une perte partielle d’autonomie au profit de la commodité.
Dans cette optique, le Web 3.0 incarne la prochaine étape de l’évolution. Il représente une version d’Internet plus robuste, plus sécurisée et décentralisée, avec pour objectif de surpasser le Web 2.0 sur le plan technologique tout en réduisant la dépendance à l’égard des sociétés de services. Le terme Web 3.0 aurait été utilisé pour la première fois par Gavin Wood, cofondateur d’Ethereum, en 2014.
En règle générale, le Web 3.0 est associé à la technologie blockchain, qui offre l’infrastructure essentielle à la décentralisation. Cependant, la blockchain n’est pas indispensable pour qualifier une solution de Web 3.0 : un environnement décentralisé peut exister par d’autres moyens, bien que la blockchain demeure le principal moteur de cette vision.
Au sens large, le Web 3.0 est également utilisé par les médias pour désigner la technologie Internet du futur et la prochaine génération d’expériences numériques. De nombreuses entreprises se préparent à l’avènement de ce nouvel Internet. Il est toutefois essentiel de noter que la blockchain jouera un rôle majeur dans la construction de cette infrastructure, en tant que socle des applications et services décentralisés.
De la même façon que le Web 2.0 a offert un niveau de sophistication supérieur aux pages statiques du Web 1.0, le Web 3.0 doit s’accompagner d’avancées technologiques concrètes. Toutefois, celles-ci restent encore peu perceptibles, car la phase de commercialisation et d’adoption massive n’est pas achevée.
Du point de vue de l’utilisateur, la fonction centrale du Web 3.0 est la gestion et la propriété individuelle de ses propres données. Récemment, les recherches se sont concentrées sur la création d’un tel environnement à l’aide de la blockchain, permettant à chacun de contrôler son identité numérique et ses informations personnelles sans intermédiaire centralisé.
Le Web 3.0 est également fortement lié au concept de métavers. À long terme, des technologies graphiques 3D avancées, telles que la réalité augmentée et la réalité virtuelle, seront intégrées aux applications Web 3.0 pour créer des expériences numériques immersives à la frontière du réel et du virtuel.
Enfin, il est essentiel de souligner que le Web 3.0 utilise la technologie des smart contracts. Celle-ci est fondamentale pour concevoir un Internet « trustless », fonctionnant sur la base du code et non d’intermédiaires humains. Les smart contracts permettent de réduire considérablement la nécessité de tiers, en automatisant les transactions et accords de façon transparente et vérifiable.
L’émergence du Web 3.0 pourrait bouleverser les structures de pouvoir existantes. Si une version hautement décentralisée d’Internet venait à aboutir, cela affecterait la pérennité des grandes entreprises technologiques, qui devraient alors rémunérer l’utilisation des données jusqu’ici exploitées gratuitement sur le Web 2.0, modifiant en profondeur leurs modèles économiques.
C’est peut-être pour cette raison que des représentants de grands groupes technologiques se montrent sceptiques à l’égard du Web 3.0. Elon Musk, fondateur de Tesla, a par exemple déclaré que « le Web 3.0 ressemble à un argument marketing ». Jack Dorsey, ancien PDG de Twitter, estime que le niveau de décentralisation promu par le Web 3.0 est impossible, les géants de la tech n’étant pas prêts à renoncer à leur pouvoir actuel, ce qui laisse présager une résistance forte à la véritable décentralisation.
Pour que le Web 3.0 se concrétise à grande échelle, la technologie blockchain devra être davantage commercialisée. Un point positif est que les avancées dans le domaine blockchain progressent rapidement depuis 2021. Si cette dynamique se poursuit, certains aspects de la transition vers le Web 3.0 pourraient devenir réalité dans un avenir proche.
Après ce tour d’horizon, examinons plus en détail les différences majeures entre Web 3.0 et Web 2.0.
Dans le Web 3.0, les réseaux décentralisés garantissent aux individus le contrôle de leurs données en ligne. Cela crée un environnement numérique plus équitable. Les utilisateurs contrôlent leurs données et ceux qui participent au fonctionnement du réseau sont récompensés, établissant de nouveaux modèles économiques basés sur la contribution.
La protection de la vie privée est une préoccupation majeure pour les internautes. Pourtant, ces dernières années, des fuites massives d’informations personnelles depuis de grands groupes technologiques ont entamé la confiance des utilisateurs. Le Web 3.0 est perçu comme une solution pour renforcer la confidentialité grâce au stockage décentralisé des données, offrant un meilleur contrôle et limitant les risques de violations ou d’accès non autorisés.
L’intégration des smart contracts permet de concevoir un Internet « trustless », changeant la façon dont les transactions et accords sont réalisés en ligne. Les utilisateurs n’ont plus à accorder leur confiance à des tiers, puisque le code applique automatiquement les accords. Les smart contracts réduisent les risques de fraude et de défaut, renforçant la sécurité du numérique.
Avec la démocratisation de la blockchain et des smart contracts, Internet adoptera une architecture sans autorisation. Cela signifie que toute activité on-chain peut être réalisée sans validation externe. Actuellement, si une banque ou une autorité refuse un transfert, l’utilisateur ne peut envoyer de l’argent. Dans un univers sans autorisation, il pourra acheter et payer librement, sans dépendance à une approbation, accédant à une véritable souveraineté financière.
Le Web 3.0 n’en est qu’à ses débuts, et son évolution demeure incertaine. Certains éléments sont assurés, mais les objectifs les plus ambitieux, comme une décentralisation totale, ne seront probablement pas atteints tels qu’imaginés. Des compromis pratiques seront nécessaires à mesure que la technologie progresse et s’adapte aux contraintes réelles.
Il semble toutefois que l’interaction sur Internet va profondément évoluer dans la prochaine décennie. Cette période offrira de nombreuses opportunités à ceux qui sauront adopter ces technologies de rupture et s’adapter aux nouveaux paradigmes de la sphère numérique.
Le Web 2.0 repose sur des serveurs centralisés pour stocker et contrôler les données, alors que le Web 3.0 s’appuie sur la blockchain, permettant la propriété décentralisée du contenu et des interactions pair à pair sans intermédiaires.
Le Web 3.0 repose sur la blockchain pour supprimer les intermédiaires et permettre les transactions directes entre pairs. Par rapport au Web 2.0, il offre une transparence accrue, un contrôle utilisateur renforcé, une meilleure répartition de la valeur et une diminution des coûts grâce à des réseaux distribués.
La blockchain assure une gestion décentralisée des registres, tandis que les smart contracts automatisent l’exécution des accords, renforçant la transparence et l’efficacité sans intermédiaires.
Le Web 3.0 utilise la blockchain pour offrir aux utilisateurs la pleine propriété et le contrôle de leurs données personnelles. Ils peuvent gérer, autoriser et monétiser leurs informations sans dépendre de plateformes centralisées, garantissant confidentialité et souveraineté réelle.
Le Web 3.0 ne remplacera pas entièrement le Web 2.0. Les deux vont coexister et s’intégrer progressivement. Le Web 2.0 demeure pertinent pour l’expérience utilisateur et le partage de contenu, tandis que le Web 3.0 introduit des applications décentralisées et des smart contracts.
Parmi les applications Web3.0 opérationnelles figurent Orbis, Myriad, Rug Radio, Huddln et Phaver. Ces plateformes proposent des solutions de contenu décentralisé, de réseau social et d’engagement communautaire, reposant sur une infrastructure blockchain.
Le Web 3.0 va transformer la vie professionnelle et personnelle grâce à la propriété décentralisée, au contrôle direct des actifs numériques, à des transactions transparentes et à une moindre dépendance aux intermédiaires. Les utilisateurs bénéficieront d’une confidentialité accrue, de récompenses pour la contribution de données et pourront participer à la gouvernance communautaire.
Le Web 3.0 affronte des défis majeurs comme les failles des smart contracts et les risques liés aux flash loans. Ces vulnérabilités peuvent être exploitées de façon malveillante, entraînant des pertes financières significatives. Des audits de sécurité et des tests robustes sont essentiels pour limiter ces risques.











