

Web3, ou Web 3.0, désigne une nouvelle conception de l’internet axée sur la décentralisation, marquant une nouvelle phase dans l’évolution du World Wide Web. Contrairement aux précédentes générations, Web3 s’appuie sur la technologie blockchain et la décentralisation, permettant aux utilisateurs de maîtriser leurs propres données et actifs numériques.
Pour comprendre la portée de la révolution Web3, il est utile de retracer l’histoire de l’internet et d’analyser les caractéristiques de chaque grande étape. À chaque évolution, le web a répondu aux défis de son temps et ouvert la voie à de nouveaux modèles d’innovation.
L’internet que nous connaissons au milieu des années 2020 est le fruit de dizaines d’années d’innovations dans les technologies de transmission des données. Ses fondements remontent à 1969, lors de la création de l’ARPANET par la Defense Advanced Research Projects Agency (ARPA) du Département de la Défense des États-Unis. Ce réseau expérimental fut le premier prototype de l’internet moderne, démontrant l’échange de données à distance entre ordinateurs.
À partir d’ARPANET, la National Science Foundation lança NSFNET, un réseau ouvert, quinze ans plus tard. NSFNET démocratisa la technologie numérique en reliant universités et centres de données à travers le pays. Le projet connut un succès notable : en 1992, environ 7 500 réseaux étaient interconnectés, jetant les bases d’une infrastructure mondiale de l’information.
Parallèlement, des chercheurs travaillaient sur des systèmes de messagerie électronique. Leurs avancées aboutirent au lancement d’Usenet en 1980, premier grand réseau d’échanges de messages et de fichiers, précurseur des forums en ligne actuels.
Les premiers prototypes d’internet n’étaient pas exclusifs aux États-Unis. En 1960, des chercheurs soviétiques développèrent le système Sirena pour automatiser l’attribution des places dans l’aérien. Des initiatives analogues virent le jour au Chili, au Royaume-Uni et ailleurs. Ensemble, ces innovations ont préparé le terrain à la première version du web.
Le terme « internet » s’est généralisé en 1983, avec l’adoption par ARPANET du protocole TCP/IP, un modèle de transmission de données qui demeure aujourd’hui la norme. Ce protocole a permis l’interconnexion et la communication de réseaux distincts, en standardisant le transfert d’informations.
Tim Berners-Lee, chercheur britannique au CERN, a créé le World Wide Web en 1989. Son invention reposait sur trois technologies majeures : HTML (Hypertext Markup Language), URI (Uniform Resource Identifier) et HTTP (Hypertext Transfer Protocol). Berners-Lee est aujourd’hui considéré comme le « père » de l’internet moderne. En juillet 2021, le code source original du World Wide Web a été vendu en NFT pour 5,4 millions de dollars, preuve de son importance historique.
L’évolution d’internet s’est ensuite accélérée. Le premier navigateur a vu le jour en 1990, puis a été rendu public en 1991, démocratisant l’accès à internet sans compétence technique préalable. En 1995, le développement du web a été repris par le secteur privé, accélérant la croissance de son audience et l’innovation.
La génération Web1 correspond aux débuts d’internet : des moyens techniques limités, mais une avancée majeure pour son époque. S’étalant de 1991 à 2004 environ, cette période se caractérise par des pages web statiques, principalement textuelles.
Web1 reposait avant tout sur des pages HTML statiques hébergées par des fournisseurs. Ces pages s’apparentaient à des brochures ou annuaires numériques : l’utilisateur ne faisait que consulter le contenu, sans possibilité d’interagir ou de le modifier. L’engagement des internautes était très faible : pas de commentaires, de « J’aime » ou d’influence sur le contenu.
Les principales limitations de Web1 :
Malgré ces limites, Web1 a constitué la base du développement d’internet, révélant le potentiel de diffusion de l’information à grande échelle.
Web2, la deuxième génération d’internet, a émergé entre 1995 et 2004 durant la bulle internet (« dot-com bubble »), période de spéculation extrême sur les valeurs technologiques. De nombreuses startups à la valorisation fulgurante reposaient sur des modèles économiques fragiles. Lorsque la bulle a éclaté au printemps 2000, le marché a subi une violente correction et de nombreuses entreprises internet ont fait faillite.
Certains analystes comparent la bulle internet au marché des cryptomonnaies. L’univers des actifs numériques a connu plusieurs corrections majeures, dont la chute du Bitcoin d’environ 20 000 dollars en décembre 2017 à près de 3 000 dollars un an plus tard. Pourtant, tout comme internet a rebondi après la bulle, le marché crypto a continué d’évoluer et d’atteindre de nouveaux sommets.
Web2 a permis une amélioration radicale de la conception et des fonctionnalités des sites web. La nouveauté majeure : l’utilisateur devient acteur, il peut produire du contenu, plus seulement en consommer. Les survivants de la bulle, comme Amazon, ont introduit les avis clients, fondant les bases du e-commerce.
Cette période a vu l’essor des encyclopédies en ligne, en particulier Wikipedia, qui a permis à chacun de rédiger et modifier des articles, bouleversant la création et le partage des connaissances. Le modèle collaboratif de Wikipedia a inspiré de nombreux autres sites.
Les développeurs ont aussi créé des réseaux sociaux et plateformes de communication, rendant possible l’interaction à distance en temps réel. Facebook, Twitter, Instagram et d’autres réseaux sociaux ont transformé la sociabilité numérique.
Mais Web2 a aussi introduit de nouveaux risques. Les plateformes centralisées peuvent censurer des contenus ou bannir des utilisateurs aux opinions divergentes, soulevant des débats sur la liberté d’expression et la régulation privée du web.
L’infrastructure centralisée de Web2 comporte d’autres menaces : les serveurs sont vulnérables aux pannes, attaques ou incidents. Si les serveurs sont hors ligne, les utilisateurs perdent l’accès à leurs données et services. De plus, ces plateformes collectent massivement des données personnelles, soulevant de réels enjeux de confidentialité.
En somme, Web2 a marqué un grand bond technique par rapport à Web1 — interactivité, dimension sociale — mais a aussi concentré le pouvoir, rendu possible la censure et exposé le web à des risques structurels. Ces problématiques ont ouvert la voie à la réflexion sur Web3.
Le terme Web3 a été proposé en 2014 par Gavin Wood, cofondateur d’Ethereum. Il imagine une nouvelle génération d’internet, décentralisée, pour répondre aux limites de Web2. Selon lui, la blockchain et la décentralisation rendront le web plus robuste, plus sécurisé et transparent.
L’une des caractéristiques emblématiques de Web3 est l’interaction des utilisateurs avec les metavers et les jetons non fongibles (NFTs). Les metavers sont des univers virtuels où chacun peut créer un avatar, posséder des terrains numériques, participer à des événements et interagir avec d’autres utilisateurs. Les NFTs servent de preuve de propriété pour des biens numériques uniques, de l’art à l’immobilier virtuel.
Web3 fonctionne grâce à des applications décentralisées (dApps) opérant sur des blockchains plutôt que sur des serveurs centralisés. La technologie blockchain répartit les données sur de multiples nœuds, assurant la résilience du réseau. Même si certains nœuds tombent en panne, le système reste opérationnel et préserve les données.
L’architecture blockchain garantit l’authenticité et l’intégrité des données : une fois validée, une information ne peut plus être supprimée ni modifiée par un acteur unique. Chaque transaction ou modification est enregistrée de façon permanente, assurant un registre transparent et infalsifiable.
Tim Berners-Lee, le « père » de l’internet, propose une alternative à cette vision, estimant que le Web3 ne nécessite pas la blockchain. Son projet Solid vise à privilégier le stockage personnel des données pour parvenir à la décentralisation.
Les écosystèmes Web3 automatisent les interactions grâce aux smart contracts, programmes exécutant automatiquement les clauses d’un accord lors du déclenchement de conditions définies. Les smart contracts limitent le recours aux intermédiaires, réduisent les coûts et accélèrent les opérations. À l’achat d’un NFT, par exemple, un smart contract transfère instantanément propriété et paiement sans tiers de confiance.
La finance décentralisée (DeFi) occupe une place centrale dans l’économie Web3. Elle remplace les institutions de crédit centralisées par des systèmes d’actifs numériques distribués. Les utilisateurs peuvent emprunter, prêter, échanger ou investir sans passer par les banques ou intermédiaires traditionnels.
Dès le milieu des années 2020, il existe déjà des applications et services Web3 : portefeuilles crypto dédiés aux dApps, navigateurs compatibles blockchain, plateformes NFT. Néanmoins, l’intégration complète de Web3 dans le quotidien reste à venir, la technologie étant encore en phase de développement et de déploiement.
Le principal avantage de Web3 réside dans la décentralisation, qui transforme en profondeur la structure du web. Une architecture décentralisée assure la stabilité du réseau : même si certains nœuds défaillent, les données restent accessibles et sécurisées partout dans le monde.
Web3 repousse les limites de la protection des données. Contrairement à Web2, où les entreprises exploitent les données personnelles, Web3 redonne le contrôle total à l’utilisateur. Chacun décide des informations partagées, la blockchain assurant une sécurisation cryptographique avancée.
L’internet sur blockchain permet l’échange direct de pair à pair, pour des transactions plus rapides et moins coûteuses. Par exemple, les transferts internationaux, auparavant longs et onéreux, deviennent quasi instantanés et à faible coût dans Web3.
La décentralisation protège aussi les utilisateurs de la censure et réduit la mainmise des grandes entreprises. Aucune entité unique ne peut supprimer ou bloquer du contenu, les données étant réparties sur l’ensemble du réseau. Cela favorise un espace d’expression réellement ouvert.
Cela dit, les entreprises bénéficiaires de Web2 peuvent faire obstacle à Web3, ce modèle menaçant leurs stratégies fondées sur la centralisation et le contrôle des données. Plusieurs figures du secteur technologique affichent leur scepticisme face à Web3.
Jack Dorsey, fondateur de Twitter, a ainsi qualifié Web3 d’« entité centralisée sous un nouvel emballage », estimant que le contrôle passerait à des fonds d’investissement et leurs partenaires. Elon Musk, fondateur de Tesla, doute également de la faisabilité à court terme d’un web alimenté par la blockchain.
Malgré ces critiques, Web3 poursuit son développement et attire investisseurs et développeurs à l’international. Que le web décentralisé devienne ou non la norme reste à confirmer, mais son potentiel de transformation de l’écosystème numérique est incontestable.
Web3 est un internet décentralisé dans lequel chaque utilisateur possède ses données et ses actifs. Contrairement à Web2, où la valeur appartient aux plateformes, Web3 utilise la blockchain pour redistribuer la valeur aux créateurs et utilisateurs.
Web3 affranchit les données des utilisateurs du contrôle centralisé et remet le pouvoir entre les mains des individus. Il répond aux enjeux de confidentialité, de censure et de dépendance aux grandes plateformes, en construisant un internet ouvert et décentralisé.
Web3 garantit la confidentialité des données et le contrôle utilisateur, améliore intelligence, sécurité et transparence du réseau, et facilite une interaction homme-machine plus efficiente.
La blockchain joue le rôle de registre distribué, assurant transparence et immutabilité. Les cryptomonnaies sont des actifs numériques sur blockchain, utilisés pour le paiement. Les smart contracts sont des programmes autonomes exécutant automatiquement les termes convenus lors du déclenchement des conditions prévues.
Web3 s’applique à la finance décentralisée (DeFi), aux NFT et à l’art numérique, à la gestion de la chaîne d’approvisionnement, au gaming et aux plateformes de metavers. Les utilisateurs gardent la maîtrise de leurs données et les smart contracts automatisent les processus multi-sectoriels.
Web3 offre un niveau de sécurité élevé si les bonnes pratiques sont respectées : activez l’authentification à deux facteurs, créez des mots de passe complexes et ne les réutilisez pas. Soyez vigilant face au phishing et aux arnaques, et vérifiez toujours la source avant tout téléchargement.
Web3 va transformer internet en redonnant le contrôle aux utilisateurs et en décentralisant les données. Cela favorisera la transparence, la sécurité et la croissance de l’économie numérique à l’échelle mondiale.
Créez d’abord un portefeuille crypto (par exemple MetaMask). Rejoignez ensuite des communautés Web3 sur Reddit ou Discord. Apprenez les bases et progressez par étapes pour acquérir rapidement de l’expérience concrète.











