Le Vietnam propose les actifs numériques et virtuels comme garantie de prêt pour les PME

Une nouvelle forme de garantie pour les petites entreprises du Vietnam

Depuis des années, les fondateurs de technologies vietnamiennes et les petits fabricants font face à un obstacle commun : ils ont besoin de capitaux pour se développer, mais les banques exigent des titres de propriété ou des bâtiments industriels comme garantie — des actifs que de nombreuses startups ne possèdent tout simplement pas. Un projet d’amendement actuellement en consultation publique pourrait réécrire ces règles. Le ministère vietnamien des Finances a proposé d’étendre la garantie légale pour inclure les actifs numériques, les actifs virtuels et la propriété intellectuelle, ouvrant ainsi la voie à ce que les portefeuilles cryptographiques et la propriété intellectuelle tokenisée puissent garantir des prêts commerciaux.

Selon le rapport original publié par WuBlockchain via l’Agence Vietnamienne d’Information, la proposition est intégrée dans une révision du projet de loi sur le soutien aux PME. Il énumère explicitement les actifs futurs, les droits de propriété et les actifs numériques et virtuels parmi les formes acceptables de garantie pour les prêts bancaires, aux côtés de la propriété intellectuelle.

Pris au premier degré, le projet indique que les régulateurs vietnamiens considèrent les actifs numériques non pas seulement comme des instruments spéculatifs, mais comme des ressources économiques légitimes — celles qui devraient pouvoir être utilisées par les petites et moyennes entreprises qui constituent l’épine dorsale de l’économie du pays.

Le secteur des PME au Vietnam représente environ 98 % des entreprises et 40 % du PIB, mais moins de 40 % de ces entreprises ont accès à un crédit bancaire formel, selon les estimations de la Banque mondiale. L’immobilier reste la garantie dominante, laissant les entreprises technologiques peu capitalisées en dehors du système. Les stablecoins, en particulier, pourraient constituer une étape pratique — moins volatils que le bitcoin ou l’éther, et déjà largement utilisés pour les envois de fonds et l’épargne au Vietnam.

Tokenisation et le changement mondial de la garantie

Le timing est important. Alors que le ministère vietnamien des Finances évoque cette idée, le marché mondial des actifs réels tokenisés a récemment dépassé la barre des 20 milliards de dollars en chaîne, selon un résumé de tokenisation de blockchainreporter.net. JPMorgan et Ondo Finance ont récemment effectué le premier règlement en direct de bons du Trésor américains tokenisés, montrant que les acteurs financiers établis commencent à accepter les actifs représentés numériquement comme instruments de qualité de garantie. Si le Vietnam poursuit dans cette voie, il pourrait devancer les marchés développés en permettant aux petites entreprises de mettre en gage des factures tokenisées, des droits de propriété intellectuelle ou même des avoirs en stablecoins, aux côtés des garanties traditionnelles.

Cependant, l’écart entre la proposition et la pratique reste large. Les banques auraient besoin de modèles d’évaluation fiables pour des actifs pouvant fluctuer de 20 % en une journée. Un prêt garanti par Bitcoin avec un ratio de 150 % pourrait faire face à des appels de marge d’un genre que les PME locales ne sont pas habituées à gérer.

Divergences réglementaires avec l’Occident

L’approche vietnamienne contraste fortement avec celle des intérêts bancaires américains, où des groupes industriels ont combattu pour bloquer la législation crypto, quelques jours seulement avant un vote clé au Sénat. Les banques ont tenté de faire échouer le plus grand projet de loi crypto de l’histoire des États-Unis en demandant des modifications de dernière minute à un compromis qu’elles avaient accepté auparavant. Alors que Washington reste bloqué dans une guerre réglementaire, Hanoï teste discrètement si la garantie numérique peut combler un réel déficit de financement pour son secteur privé. Le processus de rédaction au Vietnam montre une volonté d’expérimenter qui semble absente de nombreuses capitales occidentales, où la crainte de faciliter le blanchiment d’argent prime souvent sur le besoin pratique de formation en capital.

Le facteur développeur et adoption

Le Vietnam apparaît constamment dans le top percentile de l’indice d’adoption crypto mondiale de Chainalysis, soutenu par un commerce P2P intensif et une utilisation de la DeFi. Sa communauté de développeurs dépasse également sa taille, contribuant à l’infrastructure de base sur des chaînes comme Ethereum et BNB Chain. Chaque semaine, des équipes vietnamiennes enregistrent une activité de développement significative, comme le suggèrent les données récentes de blockchainreporter.net. Cette base de talents et la familiarité des utilisateurs rendent le prêt adossé à des actifs numériques plus plausible ici que sur des marchés où la littératie technique est faible.

Ce que le projet de loi ne répond pas

Le projet de loi est encore au stade de la consultation publique, et de nombreux détails manquent. Il ne définit pas précisément ce que sont les « actifs numériques » ou « actifs virtuels », ni n’explique comment la propriété sera vérifiée pour les besoins de la garantie. La loi vietnamienne interdit actuellement l’utilisation des cryptomonnaies pour les paiements, et la Banque d’État du Vietnam n’a pas publié de directives claires sur la garde ou le prêt d’actifs numériques. Les banques pourraient donc hésiter, sauf si le ministère des Finances propose un cadre parallèle pour la classification des crypto-actifs et la gestion des risques.

Même si la loi est adoptée, les prêteurs devront faire face à des questions opérationnelles immédiates : quels blockchains seront acceptés ? Comment les forks ou les airdrops affecteront-ils la valeur de la garantie ? Et que se passe-t-il lorsqu’une propriété intellectuelle tokenisée échoue ? Ce ne sont pas des obstacles spécifiques au Vietnam, mais ils restent non résolus dans chaque juridiction qui a timidement abordé le prêt garanti par crypto.

Pourtant, le simple fait qu’un ministère des Finances en Asie du Sud-Est propose officiellement que les actifs virtuels puissent garantir une dette bancaire change la donne. La consultation publique est désormais ouverte, et les retours détermineront si cette disposition survivra dans la loi finale. Pour les PME vietnamiennes, la différence entre un projet et une réglementation contraignante est la distance entre un problème de bilan et l’accès au fonds de roulement. L’industrie crypto sera attentive.

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