#BrentReturnsTo100


Brent revient à 100 $ : la bombe géopolitique qui vient d’enflammer le marché

Le marché du pétrole vient de se réveiller dans un scénario de cauchemar.

Le Brent a fracassé la barre des 100 $ le baril jeudi, clôturant à 100,69 $ en hausse de plus de 7 % sur une seule séance. Le WTI n’était pas loin derrière, bondissant de 6,2 % à 92,19 $. Ce n’est pas seulement un énième titre sur les tensions au Moyen-Orient. C’est le moment où deux goulets d’étranglement critiques, le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb, ont été simultanément compromis.

L’étincelle

Les rebelles houthis au Yémen ont revendiqué l’attaque de deux pétroliers battant pavillon saoudien en mer Rouge : l’Encelia et Layla. Les autorités saoudiennes ont confirmé que l’Encelia a pris feu après avoir été touché par un missile près de Jizan. Les Houthis ne mâchent pas leurs mots : ils ont déclaré un blocus naval total de l’Arabie saoudite, en citant comme justification le « blocus de 11 ans de Riyad contre le Yémen ».

Ce n’est pas aléatoire. C’est une escalade calculée. Les Houthis sont le mandataire de l’Iran, et cette attaque ouvre un second front dans un conflit qui menaçait déjà de partir hors de contrôle.

La crise des goulets d’étranglement

Voici ce qui rend la situation différente d’une perturbation d’approvisionnement classique :

Détroit d’Ormuz : déjà paralysé. Les attaques iraniennes ont réduit les flux dans cette artère critique, gérant environ 20 % du commerce pétrolier mondial, à environ 45 % des niveaux d’avant-guerre, selon les estimations de Goldman Sachs.

Bab el-Mandeb : désormais directement menacé. C’est la bouée de sauvetage alternative de l’Arabie saoudite. Riyad faisait monter son oléoduc Est-Ouest à pleine capacité, jusqu’à 5 millions de barils par jour vers le port de Yanbu en mer Rouge, pour contourner Ormuz. Cette soupape vient d’être serrée.

Quand les deux goulets d’étranglement subissent simultanément une pression, la donne du marché change très vite. Le Brent physique au comptant a déjà dépassé 105 $ le baril.

L’escalade de Trump

Le président Trump n’a pas perdu de temps. Sur Truth Social, il a lancé un avertissement net : « À partir de maintenant, chaque fois que la République islamique d’Iran tire sur un navire dans le détroit d’Ormuz… les États-Unis bombarderont et détruiront UN SEUL PONT OU UNE SEULE CENTRALE ÉLECTRIQUE. » Il a spécifiquement inclus des cibles « à côté de, ou dans, la ville capitale de Téhéran ».

Il s’agit d’une escalade œil pour œil, visant des infrastructures civiles. Le message adressé à Téhéran est clair : vous êtes responsable de vos mandataires. Mais les Houthis ne reculent pas : ils ont déjà prouvé qu’ils étaient prêts à porter le combat contre les pétroliers saoudiens.

L’appel à 120 $ de Goldman

Goldman Sachs ne mâche pas ses mots. Leurs analystes estiment désormais que le Brent pourrait dépasser 120 $ le baril au T4 si les perturbations d’Ormuz persistent jusqu’en 2027. Leur scénario de base continue de supposer une désescalade, mais le scénario de risque devient chaque jour plus probable.

La recommandation de la banque ? Se couvrir avec les spreads du diesel en Europe. Quand Goldman commence à parler d’une hausse du pétrole à trois chiffres comme d’un cas de figure réaliste, les marchés écoutent.

Le règlement de l’inflation

Les effets se font déjà sentir sur des marchés plus larges :

Les rendements des Treasuries à 10 ans ont dépassé 4,7 %, leur plus haut niveau depuis janvier 2025

Le Nasdaq a chuté de 2,3 %

Les chances de hausse des taux de la Fed pour la semaine prochaine ont grimpé jusqu’à ~25 %, les marchés intégrant 76 % de chances d’une hausse d’ici septembre

Le marché obligataire passe au rouge. Le marché le plus important au monde, celui des 30 trillion de dollars de Treasuries américains — chiffre 30 billions? — évalue la possibilité que la Fed doive resserrer sa politique dans une économie de guerre. Kevin Warsh vient de prendre les rênes de la Fed, et son premier grand test s’annonce comme un potentiel choc inflationniste susceptible de faire dérailler le récit d’un atterrissage en douceur.

Ce que cela signifie

Nous observons une boucle de rétroaction en temps réel :

Escalade géopolitique → perturbation de l’offre

Choc sur l’offre → craintes d’inflation

Inflation → taux plus élevés

Taux plus élevés → pression sur les actifs à risque

Douleur économique → pression politique en faveur d’une résolution… ou d’une escalade supplémentaire

Les Houthis ont prouvé qu’ils pouvaient frapper des pétroliers saoudiens. L’Iran a prouvé qu’il peut étrangler Ormuz. Et les États-Unis ont prouvé qu’ils sont prêts à escalader avec des frappes visant des infrastructures. Aucun de ces acteurs ne fait preuve de retenue.

Pour les traders et les investisseurs, ce n’est plus seulement une question de pétrole. Il s’agit de savoir si la Fed peut conserver intact son virage accommodant lorsque les prix de l’énergie menacent de rallumer l’inflation. Il s’agit de savoir si les actifs à risque peuvent absorber des rendements à 10 ans à 4,7 % alors que la croissance ralentissait déjà. Et il s’agit de savoir si ce conflit trouvera une porte de sortie avant que le pétrole à 120 $ ne devienne une réalité.

Le marché vient de recevoir un appel au réveil. La question est de savoir si quelqu’un est en train d’écouter.
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