Le 14 février, la loi polonaise très attendue sur le marché des actifs cryptographiques a de nouveau été rejetée par le président Karol Nawrocki. C’est la deuxième fois qu’il refuse de signer le décret d’entrée en vigueur de cette loi. Ce projet de loi, initialement soutenu par le gouvernement de Donald Tusk, visait à transposer la réglementation européenne sur le marché des actifs cryptographiques (MiCA) en droit national, mais il continue de susciter des controverses en raison de ses mesures de régulation bien plus strictes que celles de l’Union européenne.
Ce projet prévoit d’accorder à l’Autorité polonaise de supervision financière (KNF) des pouvoirs accrus, notamment la possibilité de suspendre ou d’interdire l’émission et la négociation d’actifs cryptographiques, ainsi que d’imposer des amendes élevées aux émetteurs, prestataires de services et intermédiaires concernés, pouvant atteindre 10 millions de zlotys (environ 2,8 millions de dollars). Par ailleurs, la KNF doit créer un registre des noms de domaines de sites web soupçonnés de fraude cryptographique, et poursuivre pénalement ceux qui fournissent des services sans déclaration préalable. Selon les experts, ces dispositions pourraient imposer des contraintes excessives aux entreprises cryptographiques locales.
Dans sa déclaration de veto, le président a souligné que ce cadre « est complexe, flou dans ses définitions et disproportionné », et qu’il pourrait non seulement porter atteinte aux libertés civiles et aux droits de propriété, mais aussi nuire à la stabilité économique du pays. Bien que le parlement ait réduit le taux de la taxe de régulation de 0,4 % à 0,1 %, cette modification n’a pas modifié la structure fondamentale du projet de loi.
Actuellement, le texte doit retourner au parlement de Varsovie, mais la majorité au sein de la coalition au pouvoir ne dispose pas de suffisamment de voix pour annuler le veto présidentiel. La KNF a averti que si la nouvelle réglementation n’était pas adoptée d’ici le 1er juillet, toutes les plateformes cryptographiques polonaises seront considérées comme opérant illégalement. Les représentants du secteur craignent qu’un blocage politique persistant n’oblige les entreprises à migrer vers des régions européennes plus favorables à la régulation, comme les pays baltes.
Les tensions politiques autour de cette loi continuent de s’intensifier, avec des enquêtes en cours sur d’éventuelles connexions entre Nawrocki, l’administration et l’industrie cryptographique. Face à cette incertitude croissante, l’écosystème cryptographique polonais doit faire face à une décision cruciale.