Rédigé par : Yihe
Au cours des cinq dernières années, la Securities and Exchange Commission (SEC) des États-Unis a renforcé de manière continue sa régulation du marché des cryptomonnaies, passant d’une application sporadique pour des cas de fraude isolés à un cadre réglementaire systématique couvrant les échanges, les protocoles de prêt, les stablecoins et la finance décentralisée (DeFi).
Cet article retrace toutes les actions réglementaires majeures de la SEC de 2021 à 2025, analyse leur logique de régulation et prévoit les tendances futures. Pour les lecteurs chinois souhaitant comprendre l’évolution de la régulation cryptographique aux États-Unis, saisir ces dynamiques est une référence essentielle pour appréhender la conformité mondiale des actifs numériques.
2021 marque l’année où la SEC intervient de manière systémique sur le marché des cryptomonnaies. Cette année-là, Gary Gensler, nouveau président, prend la tête de la SEC et fait de la régulation des cryptos une priorité.
En mars, l’affaire LBRY ouvre le bal. La SEC poursuit la plateforme de partage vidéo blockchain LBRY pour émission non enregistrée de titres. Entre 2016 et 2021, la société a levé plus de 11 millions de dollars via la vente de tokens "LBRY Credits" auprès d’investisseurs, sans effectuer d’enregistrement en tant que titre. Ce cas montre clairement que le test Howey (pour déterminer si un actif constitue un contrat d’investissement) s’applique largement aux tokens cryptographiques.
En mai, l’affaire des promoteurs de BitConnect révèle l’ampleur de la fraude par prêt cryptographique. La SEC poursuit les promoteurs, accusés d’avoir exploité une escroquerie de 2 milliards de dollars non enregistrée, vendant des titres BitConnect à des investisseurs mondiaux. Ce cas souligne l’attention soutenue de la SEC sur les ICO et les fraudes de prêt cryptographique.
En juillet, l’affaire Coinschedule étend la régulation à la divulgation d’informations. La SEC poursuit le site de listing ICO Coinschedule pour avoir promu des projets de tokens sans divulguer de rémunération, violant l’article 17(b) de la loi sur les valeurs mobilières. Ce cas met en garde contre les conflits d’intérêts cachés des influenceurs, évaluateurs et plateformes de promotion.
Le 3 août, Gensler prononce un discours historique à l’Aspen Security Forum. Il qualifie les actifs cryptographiques de "moyens de stockage de valeur hautement spéculatifs", alertant sur les risques de type "Far West" et affirmant que de nombreux tokens répondent au test Howey, constituant des contrats d’investissement. Il précise aussi que la vente de tokens liés à des actions ou stablecoins synthétiques doit respecter la loi américaine sur les valeurs mobilières. Ce discours fixe la ligne directrice de la régulation pour les années suivantes.
Ce même mois, l’affaire du marché monétaire DeFi marque la première fois que la SEC cible un protocole décentralisé. Les défendeurs ont vendu des tokens "mTokens" et "DMG" via des contrats intelligents, levant 30 millions de dollars pour des prêts, sans enregistrement légal. La SEC envoie un signal clair : la décentralisation ne dispense pas de la réglementation sur les valeurs mobilières.
Le 9 août, la SEC engage la première action contre une plateforme d’échange, Poloniex. La SEC accuse Poloniex, opérant entre 2017 et 2019, d’avoir exercé une activité d’échange et de courtage non enregistrée. La plateforme accepte un règlement de plus de 10 millions de dollars, mettant en garde tous les échanges cryptographiques opérant aux États-Unis.
Le 1er septembre, la SEC poursuit BitConnect et ses dirigeants pour une fraude de 2 milliards de dollars, avec promesses de rendements garantis par prêt, qui se sont avérés infondés. Des arrestations et des gels d’actifs suivent.
Le 14 septembre, Gensler témoigne devant le Sénat, exposant les priorités de la SEC : vente non enregistrée de tokens, plateformes de trading et de prêt, émetteurs de stablecoins, garde de cryptos. Il insiste sur la nécessité de coordination avec la CFTC et la banque centrale, et réaffirme que la majorité des cryptos sont des valeurs mobilières.
Le 4 avril, Gensler approfondit la régulation lors d’un discours à l’université de Pennsylvanie. Il indique que des centaines de tokens listés par les principales bourses ne sont probablement pas des valeurs mobilières. La SEC veut faire enregistrer les plateformes comme les bourses traditionnelles. Concernant les stablecoins, il met en garde contre les risques financiers, AML et de protection des investisseurs liés à un marché de 1830 milliards de dollars. La politique de la SEC vise à appliquer intégralement la loi sur les intermédiaires cryptographiques.
Le 19 septembre, l’affaire Sparkster renforce l’obligation de divulgation. La société et son CEO acceptent de verser 35 millions de dollars pour avoir levé 30 millions sans enregistrement. Ian Balina, influenceur crypto, est aussi poursuivi pour avoir reçu des commissions de promotion non déclarées. La leçon : les émetteurs doivent s’enregistrer, les promoteurs divulguer leurs intérêts.
Le 3 octobre, l’affaire Kim Kardashian est emblématique. La célébrité a reçu 250 000 dollars pour promouvoir EthereumMax sur Instagram, sans divulgation. Elle paie plus de 1,26 million de dollars en amendes et intérêts. La SEC considère que l’EMAX est un produit de valeur mobilière, et que la publication de Kardashian, liée au site de lancement, ne respecte pas la réglementation. Ce cas montre que la régulation s’étend aux célébrités.
2023 est l’année où la SEC intensifie ses actions contre les acteurs majeurs.
Le 12 janvier, l’affaire Gemini-Gensis révèle les risques juridiques des prêts cryptographiques. La SEC accuse Gemini Trust et Genesis d’offrir des produits de titres non enregistrés, notamment le programme Gemini Earn, permettant de prêter des cryptos contre intérêts. Après la suspension des retraits, la SEC poursuit.
Le 19 janvier, l’affaire FTX/SBF est la plus médiatisée. La SEC accuse Sam Bankman-Fried d’avoir trompé des investisseurs en détournant des milliards de dollars de fonds clients vers Alameda Research et autres activités non autorisées, tout en prétendant que FTX était une plateforme sûre. La procédure inclut des violations du 17(a) et de la règle 10b-5, avec des poursuites pénales fédérales.
Le même jour, Nexo accepte de payer 45 millions de dollars d’amendes et de cesser ses activités de prêt aux États-Unis. La SEC affirme que Nexo, depuis 2020, a vendu des produits de prêt non enregistrés, similaires à BlockFi ou Celsius, qui sont des contrats d’investissement soumis à réglementation.
Le 5 juin, l’affaire Binance/Zhao Changpeng constitue la plus grande opération de régulation contre une plateforme cryptographique. La SEC porte 13 accusations : opérations non enregistrées, mélange de fonds, vente de titres non enregistrés comme BNB, BUSD, produits de prêt et staking. La régulation s’étend à l’échelle mondiale.
Le 6 juin, Coinbase est également poursuivie. La SEC accuse la plateforme d’avoir opéré depuis 2019 en tant que bourse, courtier et dépositaire non enregistrés, facilitant des milliards de dollars de transactions de titres cryptographiques. Son service de staking est aussi considéré comme une valeur mobilière non enregistrée. La contradiction est flagrante : une société cotée en bourse aux États-Unis est poursuivie pour violation de ses obligations.
Le 22 décembre, l’affaire BarnBridgeDAO soulève la question de la conformité dans la DeFi. La SEC accuse la DAO et ses fondateurs d’avoir levé plus de 500 millions de dollars en vendant des "SMART Yield" bonds, sans enregistrement, et que ces actifs constituent une société d’investissement non enregistrée. La société accepte de restituer environ 1,5 million de dollars et de payer une amende. La conclusion : même une DAO décentralisée doit respecter la réglementation si elle émet des titres.
Le 10 janvier, l’approbation d’un ETF Bitcoin spot marque un tournant symbolique. La cour d’appel de Washington annule le refus de la SEC pour le fonds de Grayscale, permettant la mise sur le marché de plusieurs ETF Bitcoin. Gensler précise que cette décision concerne uniquement le Bitcoin, considéré comme un "bien non-soumis à la réglementation des valeurs mobilières", et ne modifie pas la position globale de la SEC. La majorité des autres cryptos restent sous la régulation.
Le 5 avril, la victoire du jury dans l’affaire Terraform Labs est une étape majeure. La SEC avait poursuivi Terraform et son CEO pour avoir menti sur la stabilité de TerraUSD, un stablecoin algorithmique, et avoir prétendu collaborer avec des partenaires de paiement. Le jury a jugé le défendeur responsable, ce qui marque la première victoire d’un jury dans une affaire crypto, renforçant la nécessité de la divulgation et de la lutte contre la fraude.
Le 2 juillet, le discours de Gurbir Grewal synthétise la stratégie de la SEC. Il insiste sur l’absence d’exceptions légales pour les cryptos, qui doivent respecter toutes les obligations de divulgation et d’enregistrement. Il cite notamment l’affaire FTX et la plateforme Beaxy, et annonce une coopération accrue avec la CFTC, la Fed et le Trésor pour faire face aux stablecoins et à la lutte contre le blanchiment.
En 2025, la SEC, tout en maintenant une politique de fermeté, commence à donner des signaux pour une voie réglementaire plus structurée.
Le 23 janvier, la publication du Staff Accounting Bulletin (SAB) 122 marque une étape clé. La SEC annule SAB 121, qui imposait aux courtiers de comptabiliser les cryptos comme passifs, ce qui avait été critiqué. SAB 122 laisse cette question à l’étude, sans exonérer pour autant les obligations d’enregistrement.
Le 17 décembre, la déclaration sur la garde des cryptos par les courtiers constitue une avancée concrète. La SEC publie une note non contraignante précisant comment les courtiers doivent détenir et gérer les cryptos de leurs clients dans le cadre de la règle 15c3-3, notamment la gestion des clés privées, l’évaluation des risques et la protection des actifs. Bien qu’elle ne soit pas contraignante, cette directive fournit un cadre opérationnel pour la garde légale des cryptos.
Le 22 décembre, l’affaire des escroqueries sur les réseaux sociaux montre que la lutte contre la fraude s’étend à de nouveaux terrains. La SEC poursuit trois plateformes frauduleuses (Morocoin, Berge, Cirkor) et quatre "clubs d’investissement" pour avoir utilisé des conseils IA falsifiés pour attirer des victimes, récoltant environ 14 millions de dollars. Ce cas illustre la capacité d’adaptation de la SEC face à l’évolution technologique.
Tableau 1 : Aperçu des principales affaires de la SEC dans la cryptosphère (2021–2025)
| Année | Affaire | Principal chef d’accusation | Résultat / Sanction | |---------|------------------------------|------------------------------------------------|------------------------------| | 2021 mars | LBRY, Inc. | Émission non enregistrée de tokens, levée >11 M$ | Poursuite, défavorable | | 2021 mai | Promoteurs BitConnect | Opération d’une escroquerie de 2 Mds$ non enregistrée | En cours | | 2021 juillet | Coinschedule | Promotion de ICO sans divulgation de rémunération | Règlement | | 2021 août | Marché monétaire DeFi | Protocoles DeFi non enregistrés, levée 30 M$ | Action réglementaire | | 2021 août | Poloniex | Opération d’échange et courtage non enregistrés | Règlement, amende >10 M$ | | 2021 septembre | Plateforme BitConnect | Escroquerie de 2 Mds$ | Arrestation, gel d’actifs | | 2022 septembre | Sparkster + Ian Balina | Tokens non enregistrés + promotion non déclarée | Règlement, 35 M$ | | 2022 octobre | Kim Kardashian | Promotion non déclarée d’EMAX, 250 K$ | Règlement, amende >1,26 M$ | | 2023 janvier | Gemini + Genesis | Produits de prêt non enregistrés | En cours | | 2023 janvier | FTX/SBF | Détournement de 1,8 Md$, fraude | Poursuite, inculpation pénale | | 2023 janvier | Nexo | Prêts non enregistrés | Règlement, 45 M$, cessation US | | 2023 juin | Binance / Zhao | 13 accusations : opérations non enregistrées, fonds mélangés, titres non enregistrés | En cours | | 2023 juin | Coinbase | Opération en tant que bourse, courtier, dépositaire non enregistrés | En cours | | 2023 décembre | BarnBridge DAO | Émission non enregistrée de titres, levée >500 M$ | Règlement, 1,5 M$ restitution | | 2024 avril | Terraform / Do Kwon | Fraude UST, suppression de centaines de milliards de dollars | Victoire du jury (première) | | 2025 décembre | Morocoin et autres | Fraude via réseaux sociaux, 14 M$ | En cours |
Le cadre de la SEC repose sur un principe central : la majorité des cryptos sont des valeurs mobilières. Selon le test Howey de 1946, tout actif "dans lequel on investit dans une entreprise commune en espérant tirer profit des efforts d’autrui" doit être soumis à la loi sur les valeurs mobilières. Gensler maintient cette position, utilisant l’application de la loi par la régulation plutôt que par une législation spécifique, adoptant une approche de "régulation par la poursuite".
Tableau 2 : Domaines clés de régulation et logique d’application
| Domaine | Position de la SEC | Cas typiques | Exigences réglementaires | |------------------------------|------------------------------------------------|------------------------------|--------------------------------------------------| | Émission de tokens (ICO/IDO) | Non enregistrée = illégale, doit satisfaire le test Howey | LBRY, Sparkster, Terraform | Enregistrement ou exemption | | Plateformes d’échange cryptographiques | Doivent s’enregistrer comme bourse nationale ou ATS | Poloniex, Binance, Coinbase | Demande d’enregistrement ou alternative | | Prêts et produits de gestion | Constituent des contrats d’investissement, doivent être enregistrés | Gemini Earn, Nexo, BlockFi | Enregistrement ou statut de société d’investissement | | Stablecoins | Risques financiers, AML, protection | Terraform UST, BUSD | Divulgation des réserves, potentiellement enregistrement | | Promotion via réseaux sociaux | Application de l’article 17(b), divulgation complète | Kardashian, Balina, Coinschedule | Divulgation des rémunérations, enregistrement si titres | | Protocoles DeFi et DAO | La décentralisation n’exonère pas | DeFi Money Market, BarnBridge | Enregistrement ou exemption, gouvernance sous surveillance | | Services de staking | Produits de staking = titres, doivent être enregistrés | Coinbase Staking | Enregistrement ou restructuration |
Le système actuel présente une tension fondamentale : il repose sur le test Howey, appliqué à des actifs du 21e siècle, sans cadre clair préalable pour la conformité. La contestation de Coinbase, Binance et d’autres, ainsi que la coexistence floue entre la SEC et la CFTC, illustrent cette ambiguïté.
Les prévisions pour l’avenir : premièrement, une législation spécifique sur les actifs numériques devrait mettre fin à l’ère de la régulation par la poursuite. Deuxièmement, la régulation des stablecoins sera prioritaire, avec des exigences strictes sur la réserve et la transparence. Troisièmement, la régulation deviendra plus systématique, avec des mécanismes de "registres simplifiés" ou de "sandbox". Quatrièmement, la coopération internationale, notamment avec l’UE (MiCA), Hong Kong, Singapour, Émirats, influencera la stratégie de la SEC, qui pourrait être poussée à modérer sa posture pour éviter un exode vers des juridictions plus souples.
Pour les acteurs chinois opérant ou investissant aux États-Unis, la régulation de la SEC envoie des signaux clairs :
La localisation ne garantit pas l’exemption : même si une plateforme est étrangère, si elle sert des investisseurs américains, elle peut être sous la juridiction de la SEC. Toute émission ou plateforme visant le marché américain doit évaluer ses risques.
La conception des produits doit privilégier la conformité : prêts, staking, produits structurés, seront probablement considérés comme des valeurs mobilières. Toute offre à des investisseurs américains doit faire l’objet d’une analyse juridique approfondie.
La transparence est essentielle : la divulgation complète des rémunérations et des intérêts est une règle d’or, comme le montrent les cas Kardashian et Balina.
Surveillez l’évolution législative : dans les deux ou trois prochaines années, la législation américaine influencera fortement la régulation mondiale. La veille réglementaire est une nécessité pour les acteurs chinois.
La régulation de la SEC vise à intégrer un écosystème décentralisé dans un cadre réglementaire traditionnel centenaire. Ce processus, marqué par des tensions juridiques, politiques et technologiques, tend vers la conformité, la transparence et l’institutionnalisation. Après plusieurs années d’actions, la ligne rouge est tracée : le marché crypto évoluera dans un environnement plus stable mais plus encadré.
Pour l’industrie mondiale, y compris les acteurs chinois, la trajectoire réglementaire américaine façonnera la gouvernance globale des actifs numériques. Anticiper, s’adapter rapidement, est la clé pour maintenir sa compétitivité dans cette mutation.
Références
(La liste complète des références est inchangée, à consulter pour approfondissement.)