Lorsqu’une personne soutient une cause avec de l’argent réel, c’est bien plus convaincant que des mots. Vitalik Buterin, lors d’une donation le 26 novembre, a montré où il mise réellement pour l’avenir des communications privées.
Une mise structurée : pourquoi 128 ETH ?
Deux transferts de 128 ETH chacun, pour un total d’environ 76 000 dollars, ont été envoyés à deux applications de messagerie peu connues : Session et SimpleX. Le chiffre 128 est intéressant — en binaire, c’est 2 à la 7ème puissance, ce qui n’est pas une coïncidence. De nombreux membres de la communauté soulignent que cette donation est en réalité un investissement ciblé, et non une simple action caritative. Elle reflète la réflexion systémique de Vitalik sur l’infrastructure de la vie privée.
Le timing est également évocateur. Le Conseil de l’Union européenne vient d’adopter un accord sur le “contrôle des conversations”, exigeant que les plateformes de communication scannent le contenu des messages privés. Vitalik a choisi ce moment pour soutenir publiquement deux solutions axées sur la confidentialité, avec une posture très claire : les moyens actuels de protection de la vie privée sont insuffisants, il faut des alternatives plus radicales.
Le marché a immédiatement compris ce signal. Le jeton SESH de Session a explosé de 0,04 $ à plus de 0,40 $ en une semaine après l’annonce, soit une hausse de plus de 450 %. Ce n’est pas seulement une spéculation sur le marché de l’information, mais aussi une évaluation du marché pour un nouvel actif d’“infrastructure de la vie privée”.
Session : redéfinir la communication décentralisée avec DePIN
Session a été lancée officiellement en 2020, et compte aujourd’hui près d’un million d’utilisateurs. Son principe le plus radical : aucun besoin de numéro de téléphone.
Lors de l’inscription, le système génère une chaîne aléatoire de 66 caractères comme ID de Session, et fournit une phrase de récupération pour le compte. Pas de vérification par téléphone, pas d’email, aucune liaison avec une identité.
Techniquement, Session utilise une variante du routage en oignon. Chaque message envoyé est chiffré en trois couches, relayé par trois nœuds choisis au hasard. L’essentiel : aucun nœud ne peut connaître à la fois l’expéditeur et le destinataire. Chaque nœud ne déchiffre que sa propre couche.
Ces nœuds ne sont pas des serveurs de la société Session, mais plus de 1 500 nœuds distribués dans plus de 50 pays, gérés par la communauté mondiale. N’importe qui peut faire fonctionner un nœud, à condition de staker 25 000 jetons SESH.
En mai 2025, Session a migré du réseau original Oxen vers un réseau indépendant, utilisant un consensus de preuve d’enjeu. Les opérateurs de nœuds reçoivent des récompenses en SESH pour leur contribution. La plateforme supporte le texte, la voix, l’envoi d’images, le partage de fichiers, et peut créer des groupes cryptés jusqu’à 100 personnes. La fonction d’appel est disponible, mais la voix et la vidéo sont encore en phase de test.
Un défaut évident : en raison du passage par plusieurs relais, la latence des notifications est inévitable — parfois quelques secondes, voire dizaines de secondes en retard par rapport à une application centralisée. La synchronisation multi-appareils n’est pas fluide, ce qui est une faiblesse inhérente à l’architecture décentralisée.
SimpleX : extrême privacy — pas même d’ID utilisateur
Si Session mise sur “pas besoin de numéro de téléphone”, SimpleX va encore plus loin : il n’y a même pas de concept d’ID utilisateur.
Les applications de messagerie du marché, aussi axées sur la confidentialité soient-elles, donnent toujours un identifiant à l’utilisateur. Telegram utilise le numéro, Signal aussi, Session utilise un ID aléatoire. Le problème : même si ces ID ne sont pas liés à une identité réelle, ils laissent des traces — si vous utilisez le même compte pour discuter avec deux personnes, ces deux personnes peuvent théoriquement confirmer qu’elles parlent à la même personne.
La solution de SimpleX : supprimer totalement cette identification. Chaque fois que vous créez une nouvelle connexion, le système génère une paire d’adresses jetables. L’adresse avec A et celle avec B sont totalement distinctes, sans métadonnées communes. Même si quelqu’un surveille ces deux conversations, il ne pourra pas prouver qu’elles viennent du même utilisateur.
L’expérience d’inscription est aussi radicale. Ouvrez l’app, entrez un pseudo — pas besoin de téléphone, pas besoin d’email, pas même de mot de passe. Tout le profil est stocké localement sur votre appareil, les serveurs de SimpleX ne conservent aucune donnée de compte.
L’ajout de contacts est aussi particulier. Il faut générer un lien ou un QR code d’invitation à usage unique, que l’autre doit scanner pour se connecter. Pas de recherche par nom d’utilisateur, car il n’y en a pas.
Techniquement, SimpleX utilise son propre protocole, le SimpleX Messaging Protocol. Les messages transitent via des serveurs relais, qui ne stockent que temporairement des messages chiffrés, sans conserver d’historique utilisateur, et sans échanger d’informations entre eux. Après envoi, les messages sont immédiatement supprimés. Les serveurs ne savent pas qui vous êtes ni avec qui vous discutez.
Ce design est extrêmement radical, plaçant la vie privée en priorité absolue. L’application est open source sur Github, a passé un audit de sécurité par Trail of Bits. SimpleX a été fondée en 2021 à Londres par Evgeny Poberezkin, a levé des fonds en 2022 avec un tour mené par Village Global, et Jack Dorsey a publiquement salué le projet.
En pratique, l’interface est minimaliste, supporte texte, voix, images, fichiers, messages auto-détruits. Il existe aussi des groupes, mais sans liste centrale, l’expérience de groupe est moins fluide qu’avec une application classique. La voix fonctionne, la vidéo a encore des problèmes de stabilité.
Un coût évident : si vous changez d’appareil ou perdez des données locales, il faut tout reconnecter manuellement. Pas de “restaurer tout l’historique de chat en se connectant”, c’est le prix de la privacy extrême.
Modèles économiques : incitation par token vs dé-financialisation volontaire
Les deux applications proposent de la messagerie privée, mais ont choisi des trajectoires commerciales radicalement opposées.
Session suit la voie typique du Web3. Le jeton SESH est l’adhésif du réseau, avec trois rôles :
La mise en jeu de 25 000 SESH pour faire fonctionner un nœud
La rémunération des opérateurs de nœuds via relay et stockage de messages
La facturation future de fonctionnalités payantes comme Session Pro ou Session Name Service en SESH
En logique : les opérateurs ont une motivation économique à maintenir le réseau, la mise en jeu augmente le coût des comportements malveillants, la circulation du jeton finance le projet. Actuellement, environ 79 millions de SESH en circulation, avec une offre maximale de 240 millions, dont 62 millions sont bloqués en pools de staking. Après la donation de Vitalik, le prix du SESH a brièvement atteint 0,20 $, avec une capitalisation dépassant 16 millions de dollars. Cette hausse reflète à la fois l’intérêt pour l’information et la valorisation d’une infrastructure de la vie privée.
SimpleX, à l’opposé, refuse toute émission de jetons échangeables. Son fondateur Evgeny Poberezkin a clairement déclaré : il ne lancera jamais de jeton négociable. Il estime que la spéculation détourne le projet de ses objectifs initiaux. Le financement provient de fonds de capital-risque et de dons d’utilisateurs. En 2022, une levée de fonds d’environ 370 000 dollars, et plus de 25 000 dollars de dons utilisateurs. Le projet prévoit en 2026 le lancement de Community Vouchers, une sorte de jeton utilitaire limité, plus proche d’un bon prépayé pour l’usage des serveurs. L’essentiel : ces bons ne seront pas échangeables, ne seront pas pré-minés, ne seront pas vendus au public, et leur prix sera fixe. SimpleX veut volontairement couper toute voie à la spéculation financière.
Les deux modèles ont leurs avantages et inconvénients. La voie du token permet d’attirer rapidement opérateurs et capitaux, mais comporte des risques de volatilité et de régulation. La dé-financialisation de SimpleX préserve la pureté du projet, mais limite la capacité de financement et de croissance. Ce n’est pas seulement une différence commerciale, mais aussi une philosophie différente sur la façon dont la “vie privée doit être financée”.
Les défis structurels de la communication privée
Vitalik, dans sa déclaration de donation, ne joue pas la carte du flou : il indique clairement que ces deux applications ne sont pas encore parfaites, et que pour atteindre une expérience utilisateur et une sécurité réelles, le chemin est long.
Les problématiques qu’il évoque sont en réalité des enjeux structurels pour toute l’industrie de la communication privée.
Premier : le coût de la décentralisation. Les applications centralisées offrent des messages rapides, stables, fluides, car toutes les données transitent par un même système de serveurs, avec une optimisation facile. La décentralisation impose de relayer via plusieurs nœuds indépendants, ce qui engendre une latence inévitable.
Deuxième : la synchronisation multi-appareils. Avec Telegram ou WhatsApp, changer de téléphone et retrouver ses messages en quelques secondes. Mais dans une architecture décentralisée sans serveur central, la synchronisation multi-appareils doit reposer sur des mécanismes de synchronisation de bout en bout, beaucoup plus complexes techniquement.
Troisième : la protection contre les attaques Sybil et DDoS. Les plateformes centralisées utilisent la vérification par numéro de téléphone, qui filtre naturellement les comptes spam. Mais si l’on abandonne cette liaison, comment empêcher la création massive de faux comptes pour harceler ou attaquer le réseau ? La solution sans permission impose de trouver d’autres moyens pour lutter contre l’abus.
Abandonner la centralisation implique de sacrifier l’expérience utilisateur ; permettre l’inscription sans permission nécessite d’autres protections ; la synchronisation multi-appareils oblige à faire des compromis entre vie privée et commodité. Ce sont les fameux “triangle d’impossibilité”.
Vitalik, en soutenant ces deux projets avec de l’argent réel à ce moment précis, déclare en quelque sorte : ces enjeux valent la peine d’être résolus, et leur résolution nécessite des fonds et de l’attention.
Pour l’utilisateur lambda, migrer vers Session ou SimpleX est encore prématuré, car ces limites pratiques existent. Mais si vous tenez à votre vie privée numérique, cela vaut au moins la peine de télécharger, d’essayer, et de voir jusqu’où peut aller une “vraie” confidentialité. En fin de compte, quand des gens comme Vitalik sont prêts à miser de leur argent, c’est que ce n’est pas seulement un jeu de geeks pour leur plaisir personnel.
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Session vs SimpleX : Vitalik mise 760 000 USD sur deux routes de communication privée, laquelle est la plus audacieuse ?
Lorsqu’une personne soutient une cause avec de l’argent réel, c’est bien plus convaincant que des mots. Vitalik Buterin, lors d’une donation le 26 novembre, a montré où il mise réellement pour l’avenir des communications privées.
Une mise structurée : pourquoi 128 ETH ?
Deux transferts de 128 ETH chacun, pour un total d’environ 76 000 dollars, ont été envoyés à deux applications de messagerie peu connues : Session et SimpleX. Le chiffre 128 est intéressant — en binaire, c’est 2 à la 7ème puissance, ce qui n’est pas une coïncidence. De nombreux membres de la communauté soulignent que cette donation est en réalité un investissement ciblé, et non une simple action caritative. Elle reflète la réflexion systémique de Vitalik sur l’infrastructure de la vie privée.
Le timing est également évocateur. Le Conseil de l’Union européenne vient d’adopter un accord sur le “contrôle des conversations”, exigeant que les plateformes de communication scannent le contenu des messages privés. Vitalik a choisi ce moment pour soutenir publiquement deux solutions axées sur la confidentialité, avec une posture très claire : les moyens actuels de protection de la vie privée sont insuffisants, il faut des alternatives plus radicales.
Le marché a immédiatement compris ce signal. Le jeton SESH de Session a explosé de 0,04 $ à plus de 0,40 $ en une semaine après l’annonce, soit une hausse de plus de 450 %. Ce n’est pas seulement une spéculation sur le marché de l’information, mais aussi une évaluation du marché pour un nouvel actif d’“infrastructure de la vie privée”.
Session : redéfinir la communication décentralisée avec DePIN
Session a été lancée officiellement en 2020, et compte aujourd’hui près d’un million d’utilisateurs. Son principe le plus radical : aucun besoin de numéro de téléphone.
Lors de l’inscription, le système génère une chaîne aléatoire de 66 caractères comme ID de Session, et fournit une phrase de récupération pour le compte. Pas de vérification par téléphone, pas d’email, aucune liaison avec une identité.
Techniquement, Session utilise une variante du routage en oignon. Chaque message envoyé est chiffré en trois couches, relayé par trois nœuds choisis au hasard. L’essentiel : aucun nœud ne peut connaître à la fois l’expéditeur et le destinataire. Chaque nœud ne déchiffre que sa propre couche.
Ces nœuds ne sont pas des serveurs de la société Session, mais plus de 1 500 nœuds distribués dans plus de 50 pays, gérés par la communauté mondiale. N’importe qui peut faire fonctionner un nœud, à condition de staker 25 000 jetons SESH.
En mai 2025, Session a migré du réseau original Oxen vers un réseau indépendant, utilisant un consensus de preuve d’enjeu. Les opérateurs de nœuds reçoivent des récompenses en SESH pour leur contribution. La plateforme supporte le texte, la voix, l’envoi d’images, le partage de fichiers, et peut créer des groupes cryptés jusqu’à 100 personnes. La fonction d’appel est disponible, mais la voix et la vidéo sont encore en phase de test.
Un défaut évident : en raison du passage par plusieurs relais, la latence des notifications est inévitable — parfois quelques secondes, voire dizaines de secondes en retard par rapport à une application centralisée. La synchronisation multi-appareils n’est pas fluide, ce qui est une faiblesse inhérente à l’architecture décentralisée.
SimpleX : extrême privacy — pas même d’ID utilisateur
Si Session mise sur “pas besoin de numéro de téléphone”, SimpleX va encore plus loin : il n’y a même pas de concept d’ID utilisateur.
Les applications de messagerie du marché, aussi axées sur la confidentialité soient-elles, donnent toujours un identifiant à l’utilisateur. Telegram utilise le numéro, Signal aussi, Session utilise un ID aléatoire. Le problème : même si ces ID ne sont pas liés à une identité réelle, ils laissent des traces — si vous utilisez le même compte pour discuter avec deux personnes, ces deux personnes peuvent théoriquement confirmer qu’elles parlent à la même personne.
La solution de SimpleX : supprimer totalement cette identification. Chaque fois que vous créez une nouvelle connexion, le système génère une paire d’adresses jetables. L’adresse avec A et celle avec B sont totalement distinctes, sans métadonnées communes. Même si quelqu’un surveille ces deux conversations, il ne pourra pas prouver qu’elles viennent du même utilisateur.
L’expérience d’inscription est aussi radicale. Ouvrez l’app, entrez un pseudo — pas besoin de téléphone, pas besoin d’email, pas même de mot de passe. Tout le profil est stocké localement sur votre appareil, les serveurs de SimpleX ne conservent aucune donnée de compte.
L’ajout de contacts est aussi particulier. Il faut générer un lien ou un QR code d’invitation à usage unique, que l’autre doit scanner pour se connecter. Pas de recherche par nom d’utilisateur, car il n’y en a pas.
Techniquement, SimpleX utilise son propre protocole, le SimpleX Messaging Protocol. Les messages transitent via des serveurs relais, qui ne stockent que temporairement des messages chiffrés, sans conserver d’historique utilisateur, et sans échanger d’informations entre eux. Après envoi, les messages sont immédiatement supprimés. Les serveurs ne savent pas qui vous êtes ni avec qui vous discutez.
Ce design est extrêmement radical, plaçant la vie privée en priorité absolue. L’application est open source sur Github, a passé un audit de sécurité par Trail of Bits. SimpleX a été fondée en 2021 à Londres par Evgeny Poberezkin, a levé des fonds en 2022 avec un tour mené par Village Global, et Jack Dorsey a publiquement salué le projet.
En pratique, l’interface est minimaliste, supporte texte, voix, images, fichiers, messages auto-détruits. Il existe aussi des groupes, mais sans liste centrale, l’expérience de groupe est moins fluide qu’avec une application classique. La voix fonctionne, la vidéo a encore des problèmes de stabilité.
Un coût évident : si vous changez d’appareil ou perdez des données locales, il faut tout reconnecter manuellement. Pas de “restaurer tout l’historique de chat en se connectant”, c’est le prix de la privacy extrême.
Modèles économiques : incitation par token vs dé-financialisation volontaire
Les deux applications proposent de la messagerie privée, mais ont choisi des trajectoires commerciales radicalement opposées.
Session suit la voie typique du Web3. Le jeton SESH est l’adhésif du réseau, avec trois rôles :
En logique : les opérateurs ont une motivation économique à maintenir le réseau, la mise en jeu augmente le coût des comportements malveillants, la circulation du jeton finance le projet. Actuellement, environ 79 millions de SESH en circulation, avec une offre maximale de 240 millions, dont 62 millions sont bloqués en pools de staking. Après la donation de Vitalik, le prix du SESH a brièvement atteint 0,20 $, avec une capitalisation dépassant 16 millions de dollars. Cette hausse reflète à la fois l’intérêt pour l’information et la valorisation d’une infrastructure de la vie privée.
SimpleX, à l’opposé, refuse toute émission de jetons échangeables. Son fondateur Evgeny Poberezkin a clairement déclaré : il ne lancera jamais de jeton négociable. Il estime que la spéculation détourne le projet de ses objectifs initiaux. Le financement provient de fonds de capital-risque et de dons d’utilisateurs. En 2022, une levée de fonds d’environ 370 000 dollars, et plus de 25 000 dollars de dons utilisateurs. Le projet prévoit en 2026 le lancement de Community Vouchers, une sorte de jeton utilitaire limité, plus proche d’un bon prépayé pour l’usage des serveurs. L’essentiel : ces bons ne seront pas échangeables, ne seront pas pré-minés, ne seront pas vendus au public, et leur prix sera fixe. SimpleX veut volontairement couper toute voie à la spéculation financière.
Les deux modèles ont leurs avantages et inconvénients. La voie du token permet d’attirer rapidement opérateurs et capitaux, mais comporte des risques de volatilité et de régulation. La dé-financialisation de SimpleX préserve la pureté du projet, mais limite la capacité de financement et de croissance. Ce n’est pas seulement une différence commerciale, mais aussi une philosophie différente sur la façon dont la “vie privée doit être financée”.
Les défis structurels de la communication privée
Vitalik, dans sa déclaration de donation, ne joue pas la carte du flou : il indique clairement que ces deux applications ne sont pas encore parfaites, et que pour atteindre une expérience utilisateur et une sécurité réelles, le chemin est long.
Les problématiques qu’il évoque sont en réalité des enjeux structurels pour toute l’industrie de la communication privée.
Premier : le coût de la décentralisation. Les applications centralisées offrent des messages rapides, stables, fluides, car toutes les données transitent par un même système de serveurs, avec une optimisation facile. La décentralisation impose de relayer via plusieurs nœuds indépendants, ce qui engendre une latence inévitable.
Deuxième : la synchronisation multi-appareils. Avec Telegram ou WhatsApp, changer de téléphone et retrouver ses messages en quelques secondes. Mais dans une architecture décentralisée sans serveur central, la synchronisation multi-appareils doit reposer sur des mécanismes de synchronisation de bout en bout, beaucoup plus complexes techniquement.
Troisième : la protection contre les attaques Sybil et DDoS. Les plateformes centralisées utilisent la vérification par numéro de téléphone, qui filtre naturellement les comptes spam. Mais si l’on abandonne cette liaison, comment empêcher la création massive de faux comptes pour harceler ou attaquer le réseau ? La solution sans permission impose de trouver d’autres moyens pour lutter contre l’abus.
Abandonner la centralisation implique de sacrifier l’expérience utilisateur ; permettre l’inscription sans permission nécessite d’autres protections ; la synchronisation multi-appareils oblige à faire des compromis entre vie privée et commodité. Ce sont les fameux “triangle d’impossibilité”.
Vitalik, en soutenant ces deux projets avec de l’argent réel à ce moment précis, déclare en quelque sorte : ces enjeux valent la peine d’être résolus, et leur résolution nécessite des fonds et de l’attention.
Pour l’utilisateur lambda, migrer vers Session ou SimpleX est encore prématuré, car ces limites pratiques existent. Mais si vous tenez à votre vie privée numérique, cela vaut au moins la peine de télécharger, d’essayer, et de voir jusqu’où peut aller une “vraie” confidentialité. En fin de compte, quand des gens comme Vitalik sont prêts à miser de leur argent, c’est que ce n’est pas seulement un jeu de geeks pour leur plaisir personnel.