Comment le Chili construira l'adoption de Bitcoin à travers des infrastructures réglementées, et non par des décrets présidentiels

La récente victoire électorale de José Antonio Kast a alimenté des spéculations sur un possible « moment Bukele » chilien. Cependant, ceux qui observent attentivement le système financier local découvrent un signal bien plus puissant que les proclamations politiques : 229,6 milliards de dollars d’actifs gérés par le système de retraite. Ce chiffre raconte une histoire complètement différente de celle des Bitcoin légaux du Salvador.

Pourquoi le Chili suit une logique de système, et non de volonté politique

Kast a gagné avec 58 % des voix en promettant la déréglementation et l’ordre public. Il a invoqué Nayib Bukele et le président argentin Javier Milei comme modèles de gouvernance « dure ». Les marchés ont réagi positivement : le peso s’est renforcé en attendant des réformes fiscales et du marché du travail.

Mais il y a un détail crucial que la rhétorique politique ignore.

Le Salvador a rendu Bitcoin monnaie légale en 2021 par décret présidentiel. Une décision du haut vers le bas, symbolique et immédiate. Le Chili ne fonctionne pas ainsi. Son parcours sera du bas vers le haut, technocratique, lié à des architectures légales et institutionnelles qui absorbent lentement les nouvelles classes d’actifs.

Trois facteurs structurels le déterminent.

Premier : la banque centrale chilienne choisit la prudence

La BCCh a publié des analyses sobres sur les CBDC (2022 et 2024) et a mis en œuvre le régime d’open finance prévu par la Fintech Act, en collaboration avec la CMF. Ce ne sont pas les gestes d’une autorité qui va lancer des expérimentations monétaires radicales. Cette attitude reflète une logique institutionnelle : les banques centrales modernisées privilégient l’architecture aux communiqués de presse.

Deuxième : la radiale mathématique du système de retraite

Fin 2024, les fonds de pension chilens géraient 186,4 milliards de dollars. En 2025, ce chiffre est passé à plus de 207 milliards. En octobre, il avait atteint 229,6 milliards de dollars. Ce sont 229,6 milliards qui ne bougent que lorsque les exigences de gouvernance, de garde, d’évaluation et de gestion des risques sont remplies. Ce n’est pas un système qui adopte de nouveaux actifs pour un tweet ; c’est un mécanisme qui intègre lentement de nouvelles classes via des véhicules réglementés.

Troisième : la conformité fiscale réglemente déjà les cryptos

Le Chili considère les cryptomonnaies comme des actifs soumis à l’impôt sur le revenu. Ce n’est pas un obstacle : c’est une fondation. L’adoption se fera via des intermédiaires formels—courtiers, banques, fonds—et non par obligation dans les commerces.

Mauricio Di Bartolomeo, co-fondateur et chief strategy officer de Ledn (prêteur spécialisé en Bitcoin), l’exprime clairement : « Il est peu probable que la banque centrale chilienne et le nouveau gouvernement tentent de faire de Bitcoin une monnaie légale. La meilleure solution est une politique incrémentale qui normalise l’usage. »

Le parcours réel : ETF, garde bancaire, puis retraites

Si la politique ne dirige pas le changement, qu’est-ce qui le fera ? La séquence logique est presque mécanique.

Premier stade : produits ETF locaux

Les marchés américains ont déjà écrit le manuel. L’iShares Bitcoin Trust de BlackRock, lancé en janvier 2024, a transformé Bitcoin en une exposition institutionnelle de niveau bancaire. Le Chili ne doit pas réinventer ; il doit localiser. Des ETF et ETN spot sur Bitcoin gérés localement permettraient aux entités réglementées d’acquérir une exposition via des canaux familiers.

Deuxième stade : infrastructures bancaires

Si la banque centrale et la CMF établissent un cadre clair pour la garde à l’échelle bancaire, le reste suivra naturellement. Les banques pourraient offrir des services de base : achat, vente, garde, collatéral sur prêts, programmes de trésorerie d’entreprise. Le Chili a déjà posé la base via la Fintech Act (Loi 21.521) et le Système d’Open Finance (règlement 2024). Cela permet aux banques d’ajouter des services sans compromettre les contrôles de risques.

Troisième stade : ouverture aux retraites

Voici l’éléphant dans la pièce. Les AFP (gestions de retraites) sont soumises à des règles strictes : elles ne peuvent pas acheter directement des fonds internationaux, ou sont limitées dans la détention d’actifs non domiciliés au Chili.

Le pont est simple : si les ETF internationaux restent interdits, des ETF ou ETN domestiques pourraient ouvrir la voie. Au début, les parts seraient minimes—soumis à des standards de garde, d’évaluation et de catégories de risque. Mais le potentiel est énorme. Une part même de 25-50 bps (point de base) via des véhicules locaux représenterait des milliards de dollars à terme.

La mathématique des retraites est radicale pour le Chili. Un système qui gère 229,6 milliards de dollars n’a pas besoin de beaucoup bouger pour générer un impact significatif. Mais c’est précisément pour cela que les régulateurs exigeront la ségrégation de la garde, l’intégrité des sources de prix et une liquidité testable avant de déplacer le premier point de base.

Ce qui accélère, ce qui bloque

Di Bartolomeo identifie trois obstacles critiques :

  1. Restrictions sur la vente domestique de BTC : si la banque centrale interdisait, l’activité se déplacerait à l’étranger
  2. Fiscalité punitive : découragerait les investissements locaux
  3. Interdictions sur les stablecoins adossés au dollar : empirerait le marché parallèle

Chacun pousserait vers l’informalité, exactement l’inverse de la stratégie chilienne de formalisation des marchés.

De l’autre côté, les catalyseurs sont opérationnels :

  • Lignes directrices sur la garde bancaire
  • Approbation de la CMF pour ETF/ETN locaux
  • Parcours de conformité clairs pour les distributeurs

Sur le tableau politique, il y a déjà du mouvement. La CMF met en œuvre le plan réglementaire 2025-26. La BCCh continue de construire le cadre pour l’open finance.

Stablecoins et politiques fiscales : les prochains signaux

Un élément souvent négligé est le rôle des stablecoins. En 2025, des analyses légales ont montré comment le cadre de la Fintech Act pourrait reconnaître et canaliser l’usage de stablecoins adossés au dollar (comme Tether) dans le système formel. Il s’agit d’une approche prudente qui réduit les risques de dollarisation informelle tout en conservant le contrôle monétaire.

Pour le retail et le commerce, des incitations fiscales ciblées—sur le modèle de faibles exonérations pour de petits paiements déjà discutées aux USA—pourraient encourager l’usage et la réception de bitcoins dans les paiements.

Di Bartolomeo conclut : « Je considérerais comme un signal actif la politique sur les stablecoins adossés au dollar, car leur usage croît dans la région et pourrait orienter les utilisateurs vers Bitcoin avec le temps. »

Le vrai catalyseur : ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

Pour ceux qui investissent dans l’avenir des cryptomonnaies chiliennes, le manuel est opérationnel et vérifiable.

Les premiers signaux réels viendront des demandes d’ETF ou d’ETN locaux sur Bitcoin. Ensuite, des banques manifesteront leur intention d’offrir la garde et la vente de base.

Di Bartolomeo est explicite : « Un signal fort serait que les banques proposent des services ou produits liés à Bitcoin, ou que la politique mette à jour les règles bancaires pour l’y habiliter. »

Ce n’est pas du spectacle. C’est la normalisation des canaux d’accès ordinaires.

De là, l’attention se portera sur les retraites. Toute circulaire élargissant la gamme des actifs admissibles, ou clarifiant les standards d’évaluation et de garde pour les actifs numériques, ouvrirait la porte à de petites expositions dans les grands bassins de capitaux du Chili.

Conclusion : pas une place publique, mais term sheet et audit

L’avenir crypto du Chili ne sera pas décidé sur un podium. Il sera décidé dans des term sheets de garde, des règlements techniques et des audits de contrôle des intermédiaires.

Ce n’est pas viral comme la monnaie légale du Salvador. Mais c’est un parcours qui monte en puissance. Comme le conclut Di Bartolomeo : « Je ne vois pas de cas immédiat pour l’usage de Bitcoin comme monnaie légale au Chili. »

Le signal viendra des banques. Si cela se produit, les retraites pourront suivre. Et il ne faudra pas beaucoup de points de base—peut-être 25-50 bps sur les 229,6 milliards gérés par les AFP—pour faire une différence significative sur le marché local.

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