FATF : 93 % des juridictions n’ont appliqué aucune règle de lutte contre le blanchiment d’argent à la DeFi

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Le Groupe d’action financière a publié un rapport mardi indiquant que de nombreuses plateformes de finance décentralisée conservent un contrôle centralisé et relèvent de ses règles de lutte contre le blanchiment d’argent dès lors que des personnes identifiables exercent ce contrôle. Le rapport a constaté que des éléments centralisés « persistent fréquemment en pratique » au moyen de jetons de gouvernance concentrés, de privilèges administratifs, du contrôle des mises à niveau et de frais qui alimentent des initiés. Près de 93 % des juridictions interrogées n’ont pas encore appliqué les règles à des arrangements DeFi répondant aux critères, et seules deux ont déjà accordé une licence ou procédé à un enregistrement, selon l’organisme basé à Paris dont les normes sont utilisées dans plus de 200 juridictions.

La FATF classe la DeFi en trois catégories de contrôle

Le Groupe d’action financière classe la DeFi en trois groupes : les plateformes avec des contrôleurs identifiables, celles qui sont centralisées en pratique mais dont les opérateurs restent invisibles, et une minorité réellement sans leader qu’il qualifie de véritablement décentralisée. Seule la dernière catégorie échappe à ses exigences. Le rapport détaille les signaux on-chain et off-chain de contrôle, notamment les clés de mise à niveau et les fonctions de « kill switch », la capacité à fixer des frais ou des paramètres de risque, le pouvoir de vote concentré, la maîtrise du site web ou de l’application publique, ainsi que les entités corporatives qui emploient des développeurs principaux ou détiennent la trésorerie. Lorsque ce contrôle existe, les personnes qui en sont à l’origine, qu’il s’agisse de développeurs, de gros détenteurs de jetons, d’opérateurs du front-end ou de financeurs, devraient être titulaires d’une licence et supervisées comme n’importe quelle entreprise financière. Même exploiter un front-end qui dirige les utilisateurs vers un protocole peut suffire à répondre aux critères. Le président de la FATF, Giles Thomson, a déclaré dans un communiqué accompagnant le rapport que l’objectif est d’empêcher des criminels d’exploiter une nouvelle technologie pour « blanchir de l’argent sale » tout en « soutenant une innovation financière responsable ».

L’enquête révèle que 93 % des juridictions n’ont pas appliqué les normes DeFi

Près de 93 % des juridictions ayant répondu à une enquête récente de la FATF n’ont pas appliqué les normes à des arrangements DeFi répondant aux critères, et seules 26 sur 142 ont évalué les risques à quelque degré que ce soit. Quatre ont des règles de licence dans les textes, tandis que seules deux les ont déjà utilisées pour enregistrer ou autoriser une plateforme. Les orientations de la FATF ne sont pas une loi, mais les membres sont évalués sur la proximité avec laquelle ils les appliquent, et des lacunes persistantes peuvent aider à faire atterrir un pays sur la « liste grise » du superviseur. Le rapport s’inscrit après une mise à jour plus large de la FATF quelques jours plus tôt, qui a conclu que la plupart des pays peinent encore à faire respecter des règles crypto, de manière générale.

La FATF recommande des contrôles de conformité intégrés et une régulation des points d’étranglement

La FATF veut que les pays comblent l’écart en imposant, ou du moins en encourageant, les projets DeFi à intégrer des contrôles de lutte contre le blanchiment d’argent directement dans leurs contrats intelligents ou leurs interfaces, du filtrage des sanctions aux vérifications de preuve de KYC avant l’exécution de certaines fonctions. Pour les projets vraiment sans leader, elle oriente les régulateurs vers les points d’étranglement qui les entourent : les émetteurs de stablecoins capables de geler des jetons, les échanges qui gèrent des passerelles fiduciaires on- et off-ramp, ainsi que les opérateurs du front-end. Lorsqu’une plateforme refuse de coopérer, le rapport indique qu’une juridiction peut, en dernier recours, l’interdire d’exploitation sur son territoire. Les banques et les échanges sont invités à mener une due diligence sur toute plateforme DeFi qu’ils touchent, ou à cesser d’en traiter.

Des hackers liés à la Corée du Nord ont volé 570 millions de dollars lors d’attaques en avril

Le rapport met en avant la Corée du Nord, dont des hackers liés à l’État auraient mené deux attaques en avril qui, ensemble, ont vidé plus de 570 millions de dollars : l’exploit de 285 millions de dollars contre l’échange de perpétuels Solana Drift Protocol, réalisé en seulement 12 minutes, et le piratage de 292 millions de dollars de KelpDAO. Ensemble, ils ont représenté environ 76 % des pertes dues aux piratages crypto de l’année. Le rapport cite aussi des groupes de rançongiciels, des réseaux professionnels de blanchiment et des fraudes aux investisseurs comme principaux utilisateurs des mixers, bridges et swaps de la DeFi. Aux États-Unis, des procureurs ont obtenu cette année des peines de prison pour les deux cofondateurs de Samourai Wallet, un mixer Bitcoin, ainsi qu’une condamnation contre le développeur de Tornado Cash, Roman Storm. La valeur totale verrouillée en DeFi a atteint 86,6 milliards de dollars cette année, en hausse d’environ 85 % depuis 2023, et les douze principaux protocoles en détiennent plus de 60 %, selon le rapport.

FAQ

Que disait le Groupe d’action financière au sujet de la réglementation DeFi dans son rapport de mardi ?
Le Groupe d’action financière a publié un rapport mardi indiquant que de nombreuses plateformes DeFi conservent un contrôle centralisé via des jetons de gouvernance, des privilèges administratifs et des contrôles de mise à niveau, et qu’elles relèvent donc de ses règles de lutte contre le blanchiment d’argent dès lors que des personnes identifiables les contrôlent.

Combien de juridictions ont appliqué les normes de la FATF à des arrangements DeFi ?
Près de 93 % des juridictions ayant répondu à l’enquête n’ont pas appliqué les normes à des arrangements DeFi répondant aux critères, et seules deux juridictions ont déjà accordé une licence ou procédé à un enregistrement d’une plateforme DeFi, selon le rapport de la FATF.

Quelles attaques des hackers liés à la Corée du Nord ont-ils menées en avril ?
Des hackers liés à la Corée du Nord se trouvent derrière deux attaques en avril qui ont drainé plus de 570 millions de dollars : un exploit de 285 millions de dollars contre l’échange de perpétuels Solana Drift Protocol et un piratage de 292 millions de dollars de KelpDAO, représentant ensemble 76 % des pertes dues aux piratages crypto de l’année.

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